Les milliards du Téléthon
Voilà
20 ans qu'à l'occasion du «Téléthon»,
on nous annonce des avancées dans la recherche en matière
de thérapie génique. Pourtant cette hypothèse
médicale est toujours infructueuse et responsable de bien
des désillusions dans les familles de malades, sans que
ses techniciens et propagandistes n'aient proposé la moindre
autocritique pour leurs échecs et leurs promesses inconsidérées
au cours de l'émission. Jacques Testart, président
de la Commission française du développement durable,
en est bien persuadé. La thérapie génique,
cette hypothèse médicale est toujours infructueuse,
et la preuve, c'est qu'elle est insensiblement remplacée
par celle de la thérapie cellulaire. Dès 1996, la
désillusion des chercheurs est exprimée dans la
Presse : "La thérapie génique a souffert d'une
extraordinaire pression militante - et médiatique - des
associations de parents de malades comme l'AFM,
l'APF, l'ACM... et de l'irruption d'industriels dans le domaine,
mélangeant communication scientifique et promotion pour
financer la recherche", selon Axel Kahn, de l'INSERM,
(Médecine/Sciences de Janvier 96).
Le grand défi
L'espoir
de guérir des maladies héréditaires comme
la myopathie a été présenté avec tant
d'enthousiasme comme le "grand défi" du siècle
que des fonds colossaux sont
récoltés tous les ans à grand renfort médiatique
lors du «Téléthon». En outre, l'association
contre les myopathies bénéficie de larges subventions
municipales et le gouvernement a décidé de financer
le laboratoire Généthon à Évry à hauteur
de 80 MF par an. En l'an 2000, R. Jospin avait annoncé
encore que l'Etat subventionnerait à hauteur de 60 MF cet
effort pour mettre au point des thérapies géniques.
Finalement, la France s'est engagée sur 4 ans avec un budget
de 230 millions d'euros et 300 millions de Francs ont déjà
été dépensés pour le génome,
d'après Le Monde.
Bévues
Au printemps
2000, la précipitation à annoncer un succès
remporté dans le traitement par thérapie génique
d'enfants atteints de déficit immunitaire, combiné
sévère lié au chromosome X, qui les condamne
à vivre en bulle stérile, faisant la une des journaux,
devait être suivi deux ans plus tard
de déboires. Deux des dix enfants
traités avaient en effet développé une leucémie,
et l'essai se trouvait suspendu. Il faut donc modifier le traitement.
«Je suis convaincu que la thérapie génique
sera un jour irremplaçable dans un certain nombre de situations,
estime même José-Alain Sahel, professeur d'ophtalmologie,
chef de service à l'hôpital des Quinze-Vingts, Directeur
de l'Unité Inserm 592, qui s'intéresse à
la thérapie génique des maladies rétiniennes.
Mais il faut d'abord s'en assurer une meilleure maîtrise.
»
La thérapie
génique a encore de l'avenir, estiment les scientifiques.
«Au cours des dix dernières années un travail
considérable a été accompli sur les vecteurs»,
souligne Oliver Danos, directeur scientifique de Généthon
à Evry. Ceux-ci sont pour la plupart dérivés
de virus génétiquement modifiés pour leur
ôter leur virulence, mais dont on exploite la capacité
naturelle à infecter les cellules. Les plus fréquemment
employés sont les rétrovirus (34 % des essais),
les adénovirus (virus de la sphère rhinopharingée,
27 %), les poxvirus (virus de la famille de la vaccine, 6 %),
les lentivirus, les virus herpès ou les virus adénoassociés
(AAV). On utilise également des vecteurs non viraux, constitués
soit d'ADN bactérien, soit d'ADN nu, soit de grandes molécules
telles que les lipides cationiques.
Séquençage
Certes,
la carte du génome humain est une avancée dans la
connaissance des maladies, mais cette découverte n'a suscité
qu'une immense frustration. "Si cela permet de répertorier
les tares génétiques sur les gènes humains
et consolider les connaissances sur l'origine génétique
de nombreuses maladies, la thérapie génique, elle,
rencontre des difficultés insurmontables" (le
Nouvel Obs). Rappelons que la thérapie génique
vise à introduire dans les cellules, par le moyen de vecteurs,
des adénovirus ou des rétrovirus neutralisés,
le gène-médicament qui permettra de réparer
ou de corriger l'appareil génétique aussi bien pour
une maladie acquise qu'une maladie héréditaire.
Une fois qu'on aura le bon gène nécessaire à
la synthèse de la protéine, il faut le bon système
d'expression et le bon vecteur pour que le gène soit exprimé
dans les bonnes cellules, au bon moment, avec l'intensité
optimale (ni trop pour ne pas être toxique, ni trop peu
pour être effîcace) et sans entraîner de perturbations
dans l'expression d'autres gènes.
Le séquençage
du génome humain a enfin commencé, mais la fonction
des gènes se révèle plus complexe que prévu.
Pendant des années, on a publié des articles de
vulgarisation optimistes en diable, sur le gène de la criminalité,
celui de l'obésité ou celui de la fidélité,
car certains chercheurs croyaient que chaque gène commandait
un déterminant physique, tout bêtement !
Les gènes sont multifonctions, fonctionnant en réseau,
et les maladies multigénétiques, d'où des
interactions particulièrement complexes à identifier.
Spécialiste français de la génomique, Daniel
Cohen est "sidéré" par le volume des informations
à traiter. De plus, il est impossible de saisir la syntaxe
de tout cela pour le moment. Il s'agit maintenant de décrypter
cette masse de données : le travail de fourmi ne fait que
commencer... tandis que les 150 premiers essais effectués
précipitamment pour traiter des malades ont tous lamentablement
échoué.
Faux espoirs ?
L'espoir
fait vivre, dit-on... Oui, il fait vivre les chercheurs. Bien
que le génie génétique soit très prometteur
pour traiter le cancer (on nous promet une sorte de "vaccin
thérapeutique"), les espoirs s'écroulent pour
guérir les myopathies. Mais, cela, l'AFM n'ose pas l'avouer
dans ses campagnes de collecte de fonds (Téléthon).
Monsieur Barateau, ex-président, se montrait toujours plein
d'enthousiasme mais il n'avait pas les compétences nécessaires
pour juger, et les scientifiques espèrent surtout récolter
des fonds pour vivre de leurs recherches. Pourtant, la thérapie
génique n'a pas marché dans les essais effectués
de par le monde.
Une question se pose : n'abuse-t-on pas de la crédulité
et de la générosité du public pour financer
la recherche en propageant de faux espoirs inopinés ?
Déjà, sur France-Inter,
des scientifiques émettent de sérieuses réserves
: "Méfiez-vous, ce sont des promesses illusoires.
La thérapie génique est actuellement dans une impasse
!"
Le professeur Jacques Testart vient encore de dire que "l'avancée
en biogénétique permet de bien meilleurs diagnostics,
mais pas de traiter et encore moins de guérir ces maladies
d'origine génétique."
"Croire qu'avec la thérapie génique nous allons
réparer des pièces défectueuses,
et puis qu'il suffira de les changer, quelle naïveté
!" déclare Jean-Didier Vincent,
neurobiologiste et directeur de l'Institut Alfred-Fessard du CNRS.
Attention, danger !
Alors qu'on nous annonce le décryptage complet
du génome (ce 16 avril 2003), et que ces données
sont accessibles et exploitables, il faut avouer qu'il
reste à définir les règles d'éthique
et d'exploitation de ces données. Si nous n'avons
rien à craindre du savoir, nous avons tout à
craindre l'utilisation de la génétique
à des fins commerciales pour le profit des assurances
privées qui vont prendre le relais de la Sécurité
Sociale. La mise à disposition de données
génétiques peut être mise à
profit pour soutirer des gens des primes exorbitantes.
On a pensé aussi qu'il pouvait devenir un outil
de manipulation sociale et politique : il est possible
de totalement déresponsabiliser un individu,
de l'accabler sous le poids de la génétique.
On a semé les outils futurs de l'oppression,
ces nouvelles connaissances sur le génome humain
risquent de mettre à mal les droits de l'homme
!
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Ces premiers décryptages montrent comment les scientifiques
se faisaient des idées simples et naïves sur les gènes
! Peu d'affections semblent imputables à un gène
unique, comme on le pensait avant. L'équation naguère
en vogue «une maladie=un gène» bat donc sérieusement
de l'aile et, avec elle, la conclusion simpliste : «un gène=une
protéine=un médicament».
L'ADN n'a pas livré tous ses mystères !
Une centaine
de gènes humains sur près de 45 000 sont identifiés
et associés à une maladie. Mais il n'y a pas un
gène de l'obésité, ni un gène du cancer
! Modifier un gène par thérapie génique dans
le cas de la myopatie de Duchesne de Boulogne ou suppléer
à son dysfonctionnement par un médicament se révèle
insuffisant. Il ne faut pas pour autant renoncer, mais il faut
être réaliste : on n'est loin d'y arriver. Les difficultés
de la thérapie génique sont imputables à
d'autres facteurs, et notament à l'incapacité à
trouver ces vecteurs permettant l'acheminement des transgènes
(gènes modifiés) précisément à
l'endroit nécessaire. On se demande si on y arrivera un
jour, mais ce qui est sûr, c'est que ce n'est pas pour demain.
Bien sûr, le recours à des ordinateurs puissants
peut faire avancer les recherches, mais il ne faut pas se leurrer
: pour chaque gène comptant 5 à 10 protéines
dont la forme est aussi importante que la composition, on se trouve
devant un puzzle d'1 million de pièces et en 3D, car les
molécules d'ADN sont en 3 dimensions... Outre la biologie,
leur étude requiert de nouvelles compétences : en
physique et en informatique.
"Nous avons amoncelé d'innombrables données
mais peu de connaissances, avoue Amos Bairoch, directeur de l'Institut
suisse de bio-informatique. Il faudra encore des années
de travail pour effectuer le séquençage d'autres
organismes comme les virus, insectes et multiples plantes."
(Enjeux, Les Echos N°175 - Décembre 2001)
Certes, il y a quelques avancées encourageantes mais, pour
l'instant, elles sont anecdotiques en regard des gros problèmes
de santé publique, sans compter que le développement
de médicaments associés aux génothérapies
n'est pas jugé rentable. Il faudra encore attendre longtemps
avant d'espérer des traitements efficaces et durables pour
les maladies génétiques. (Télérama
- Décembre 2002).
On s'oriente maintenant vers les "vaccins génétiques"
L'Institut
Pasteur pense appliquer la thérapie génique en se
servant du virus du SIDA une fois "désarmé".
Délaissant les maladies héréditaires, la
recherche s'oriente maintenant vers les "vaccins génétiques",
et les espoirs se portent sur le cancer.
"Aujourd'hui, la majorité des essais concernent le
traitement du cancer." (Les Echos, Novembre 2003)
Des scientifiques
ont fait une étonnante découverte : les gènes
semblent disposer d'une sorte d'interrupteur qu'un simple changement
d'environnement serait susceptible d'activer ou de désactiver.
Ce qui laisse supposer l'évolutivilité des gènes,
qui sont de la matière vivante, et non une simple mécanique.
Les manipulations génétiques sont donc extrêmement
hasardeuses, et dangereuses pour la démocratie, la santé,
l'avenir.
La
somme récoltée au Téléthon ? 85
580 752 € en décembre 2002, près de 98 373
000 € en 2004, et près de 100.000.000 € en 2005.
Déboires. Le
choix du vecteur est déterminé par ses caractéristiques.
les rétro-virus, par exemple, s'intègrent dans le
génome de la qui permet une expression permanente du gène
et donc de la protéine, y compris après division
de la cellule initialement transfectée. C'est pourquoi
il a été utilisé pour apporter une correction
« définitive » du génome des cellules
souches hématopoietiques des « enfants buge ».
C'est aussi cette capacité des rétrovirus à
s'intégrer dans le génome, mais au hasard, qui a
provoqué les complications chez deux des enfants traités.
L'insertion du rétrovirus en un point particulier a en
effet activé un gène qui stimule la production de
globules blancs, déclenchant une pseudo-leucémie.
Retour
Références :
Le Nouvel Observateur
- 25 juillet 1996 - Retour
Eurêka,
au coeur de la science - dossier Génétique N°14
; décembre 1996
France
Inter - 10 Octobre 1999, et 13 mai 2001.
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