Apparitions et pèlerinages
Grand lieu
de pèlerinage depuis les apparitions, Lourdes (Hautes-Pyrénées),
est comparable à Epidaure, célèbre ville
grecque connue pour ses guérisons miraculeuses... La petite
bourgade est devenue une ville florissante et compte maintenant
plus de 16 000 habitants.
On ne saurait
mieux faire, à l'occasion du centenaire des célèbres
apparitions, que de résumer ici un article d'un membre
de la Compagnie de Jésus paru dans la revue Sanctuaires
et Pèlerinages de juillet 1957. L'auteur note :
1° l'attachement de la Bigorre, et plus particulièrement
de la vallée du Lavedan, commandée par Lourdes,
au culte de la Vierge ;
2° l'élan de ferveur mariale qui accompagna la restauration
des sanctuaires de Notre-Dame, sous l'impulsion de monseigneur
Laurence, dans les années qui précédèrent
les apparitions de Lourdes.
A 15 km
à l'ouest de Lourdes et dans les Basses-Pyrénées,
le pèlerinage à Notre-Dame de Bétharram est
déjà, au XIVe siècle, très
populaire, peut-être le deuxième ou le troisième
du royaume. Une statue miraculeuse, mise à l'abri en Espagne
pendant les guerres de Religion, provoque des guérisons,
plus de 80 entre 1617 et 1646, dont celle de 6 paralytiques et
de 11 aveugles. En 1616, la croix de la colline de Bétharram,
abattue par l'ouragan, est vue se dressant dans un nimbe de lumière
par 5 paysans. Les pèlerins viennent nombreux de Lourdes,
dont les parents de Bernadette Soubirous. Celle-ci, dès
son enfance, en sera et, avec sa mère, elle est encore
au sanctuaire quelques semaines avant ses visions. Dans la suite,
au couvent de Nevers, elle répondra à propos des
prodiges de la grotte de Massabielle : «Le bon Dieu s'est
servi de moi, comme il s'est servi des bœufs
de Bétharram pour découvrir la statue miraculeuse.»
Ici Bernadette se fait l'écho d'un récit folklorique
oublié, alors qu'il y en a, ailleurs, beaucoup d'analogues.
On sait
que les apparitions, qui ont commencé à la mi-février
1858, ont d'abord été mises en doute dans le clergé
même. Mais le supérieur du couvent de Bétharram
a vite provoqué un revirement, et depuis, Bétharram
s'est effacé devant Lourdes.
Parmi les sanctuaires qui ont surgi à la place marquée
par un épisode pastoral, le Père jésuite
nomme Notre-Dame-de-Brébières (une brebis), Notre-Dame
d'Abet et de Nestès (une génisse), Notre-Dame de
Sarrance el de Bourisp (un taureau), Notre-Dame de Buglose (un
bœuf). Pour Bétharram, il cite le jésuite Poiré
qui, au XVIIe siècle, rapporte que des bergers
aperçurent, là où est aujourd'hui le grand
autel de la chapelle, une lumière « vers laquelle
estant accourus, ils rencontrèrent une belle image de Nostre-Dame.
»
Voici maintenant
le témoignage de Camille Flammarion sur Lourdes : « J’ai
le plaisir de compter assez de printemps pour avoir été contemporain
de la création de Lourdes en 1858 et avoir suivi d’assez près
cette curieuse histoire. L’opinion publique locale y a associé,
dès l’origine, une belle jeune femme de conduite irrégulière,
Mme P., qui avait coutume de porter, même en hiver, d’élégantes
toilettes blanches. La première apparition racontée par la candide
Bernadette qui, à l’âge de quatorze ans, n’en paraissait qu’onze
ou douze, ne savait ni lire ni écrire et ne connaissait que le
patois pyrénéen, assez faible de corps et d’esprit, a eu lieu
le 11 février 1858, un jeudi gras. Les amours de Mme P. et du
lieutenant G. desservaient la chronique du petit bourg, et il
n’y a rien de surprenant à ce que l’incident de la grotte ait
été associé aux fugues de la belle dame. (...) Mais cette association
n’est ni prouvée ni nécessaire.L’hallucination
de la petite paysanne peut avoir été entièrement subjective
[1]. Elle était la seule à "voir"
la Dame. Quant à admettre que la mère de Jésus soit apparue là...
folie de croyants en mal de miracle. Alors, les prétendues guérisons
miraculeuses de Lourdes, on les comprend fort bien lorsqu’on a
assisté à ces féeriques mises en scène, à l’exaltation religieuse
et à la répercussion au loin dans les âmes de récits éloquents
et souvent fantastiques. Les « miracles » de Lourdes représentent
l’une des manifestations les plus curieuses et les plus évidentes
de la puissance de l’idée, de l’exaltation mentale, de la foi.[2]
» (La Mort et son Mystère, Flammarion, 1920-1921, 3 vol., t.
I: Avant la mort, pp. 93-94).

[1] Apparition si suspecte
dans tous ses détails, autant que dans son principe ;
La grotte était déjà auparavant un lieu dédié
à la Sainte Vierge ;
Les affaires de statues qui parlent remontent à l'antiquité
;
Au sujet de ces paroles stupéfiantes : « Je suis l’Immaculée Conception...
Je vous salue, Marie, pleine de grâce ! ... Allez vous laver et
mangez de l’herbe. » Et cela, juste au moment où le Pape
venait de proclamer le dogme ! Voir le
mythe de l'Immaculée conception, une étude de mythologie
comparée de Paul Lafargue (à télécharger).
Et cette attitude : la Vierge Marie tenant un chapelet à la main.
Et sa recommandation: « Faites-moi la grâce de venir ici pendant
quinze jours . » Et cette autre: « Je désire voir du monde. »
[2] L'eau de source a
toujours eu un pouvoir de guérison et l'Antiquité
avait déjà ses sources miraculeuses. Physiologiquement
cela s'explique très bien.
|