L'enfant
n'a pas les moyens de savoir si tout ce qu'on lui apprend est
absolument vrai. Par son éducation, il est plongé dans un monde
de croyances et de savoir ingurgité. Le fardeau des idées reçues
que nous avons ainsi depuis notre enfance et notre adolescence
est un piège, une prison. Mais, n'ayant pas le moindre sentiment
d'être tombé dedans, la multitude ne cherche même pas à en sortir.
Ce sont les idées-reçues de la culture morale et religieuse et
celles de la culture scolaire et académique. Il faut un jour abandonner
nos rêves d'enfant. Soustraire de sa pensée toute la salade des
idées reçues inutiles et parfois nuisibles demande un long effort
personnel de raisonnement, une volonté de lucidité et pas mal
de bon sens. C'est un peu de soi-même que l'on abandonne: telle
idée que l'on a fait sienne, telle conviction héritée de son milieu
familial ou de quelque autorité morale. A l'âge adulte, chercher
la vérité amène parfois à braver l'interdit, à aller à contre-culture.
Mais je considère qu'exercer son esprit critique est une preuve
de maturité non seulement pour chercher la vérité - elle est plus
ou moins voilée - mais aussi pour déceler les mensonges, les tromperies
possibles des hommes. Il peut être utile de se remettre en question,
par rapport à son éducation religieuse, en particuliers.
La lecture de la Bible, présentée comme "Histoire Sainte", se
fait souvent par petits chapitres et rarement par livres entiers.
C'est un tort ! Il en va tout autrement lorsqu'on se donne la
peine de lire le Nouveau Testament en entier. La clarté finit
par se faire ! A force de découper le texte en petits extraits,
comme à la messe, on est passé à côté de la critique. Car, si
on l'a inscrit dans l'Histoire des humains, faisant démarrer
le calendrier à la naissance du Christ, on est bien obligé
d'y fouiller en historien sans oublier qu'il y a maintenant des
documents archéologiques : les fameux manuscrits
de la Mer Morte.
Etre adulte, c'est aussi perdre ses illusions
et cesser d'être dupe. A quoi sert la raison, le sens critique,
l'éducation scientifique, la critique de texte si l'interprétation
dogmatique de la bible n'est jamais remise en question ? N'est-il
pas permis de gloser librement ? Les pages suivantes risquent
de porter un coup fatal à l'institution qui présente comme vérité
ce qui a été l'objet de mille controverses - parfois sanglantes
- au cours des siècles en Occident, et qui n'a plus, à terme,
qu'un vague rapport avec la vérité, tout au moins au point de
vue historique.
Sachez la vérité au sujet des fondateurs
de la religion chrétienne et ce qui s'est passé aux premiers temps
du christianisme et vous n'aurez plus de préjugés ni de croyances
irrationnelles (préjugés de fin du monde, croyance en l'apocalypse,
au retour du Christ et au sujet de l'antéchrist)! Les fameux manuscrits
de la Mer Morte ont apporté une lumière nouvelle sur les origines
du christianisme mais l'Eglise s'est empressée de les confisquer
afin de n'être pas remise en question, elle et ses dogmes...
Un mystère chrétien
Paul se prétend le principal porteur
de la foi évangélique et promet la rédemption à condition qu'on
reste crédule, fidèle à son évangile. Et quel est ce "mystère
demeuré secret depuis l'origine aux générations passées"? Tenez-vous
bien; Paul vous le révèle dans son épître aux Colossiens (Ch
I 25-27) : "Je suis le Ministre de l'Eglise qui est désormais
ouverte aux païens". Quelle est la "glorieuse richesse de ce
mystère parmi les païens ? - Que le Christ soit en vous, espérance
de gloire"! Avec ce ton emphatique, Paul a subjugué des foules
et a élaboré la doctrine chrétienne. La foi qu'il prêche, c'est
la croyance en sa doctrine; l'espérance, la promesse du salut
individuel, récompense finale au delà de la mort, donc quelque
chose qui ne peut être vérifiée; la charité, c'est pour qu'on
donne généreusement à la collecte. On serait tenté de se demander:
est-ce par cupidité ? Foi, espérance et charité, voilà établis
les principes fondamentaux de toute secte:
on abuse de la crédulité des gens, on leur fait miroiter quelque-chose
de merveilleux, une folle espérance, et en réalité on leur estorque
de l'argent sous couvert de bons sentiments. Après avoir affirmé
péremptoirement qu'il est devenu le porteur de l'espérance donnée
par l'évangile prêché dans son église (Col I 23), Paul se prétend
le missioné de Dieu pour "achever en sa chair pour son corps
qui est l'Eglise" la Passion du Christ rédempteur. Une telle
façon d'agir parait suspecte quand on lit plus loin qu'il met
en garde contre la Philosophie, "les discours séduisants,
les subtilités trompeuses qui s'inspirent de traditions humaines"
(Col II 4-8). On sait que le discours et la raison avaient fait
de grands progrès dans la civilisation gréco-romaine. Mais Paul
balaye d'un revers de main la Philosophie et la science puisqu"'en
Jésus-Christ se trouvent cachés tous les trésors de la sagesse
et de la science" (Col II 3) !!! Et on y crut.
En fait, le livre des Actes nous apprend que Saul s'est tourné
vers les païens parce qu'il n'avait aucun succès auprès des
Juifs, ceux-ci, d'ailleurs, n'avaient-ils pas déjà été évangélisés
par les apôtres et par Jésus lui-même ? L'évangile selon Matthieu
est formel à ce sujet: Jésus était venu rien que pour les Juifs
et il avait envoyé ses disciples annoncer la Bonne Nouvelle
dans les synagogues de Judée.
La première communauté - ou Eglise - était à Jérusalem avec
Jacques pour évêque, et Simon-Pierre n'était pas le chef
de l'Eglise. Lorsque Saul vint se joindre aux disciples après
l'épisode de Damas, il est introduit par Barnabé parce que "tous
le redoutaient et ne pouvaient croire qu'il fût aussi devenu
disciple". Nous avons peu d'explication sur le différent
qui l'oppose aux Héllenistes, mais il s'est senti menacé au
point de fuir à Tarse, en Cilicie ! C'est alors que l'Eglise
connut une période de tranquilité en Judée, en Galilée et en
Samarie. "Elle s'édifiait et croissait en nombre" juste pendant
l'absence de Saul !!! Saul (qui devint Paul) ne connut pas de
paix avec les Juifs de Palestine ou d'ailleurs. Accusé d'apostasie,
il passera devant le tribunal de Jérusalem par les Juifs et
mis en prison. Alors, il écrit: "Le monde est crucifié pour
moi et moi pour le monde." (Galates VI 14) Et , ce qui est pire:
"Ces chiens de Juifs sont les ennemis de tous les hommes". Non
parce qu'ils ont crucifié le Messie, mais parce qu'ils ne veulent
pas croire en ce faux apôtre et le chassent comme un renégat.
On se souvient de l'avertissement de Jésus: "Prenez garde de
vous laisser abuser: plusieurs viendront en mon nom, et ils
diront: c'est moi, les temps sont proches. Ne les suivez pas."
(Luc XI 8) Les faux prophètes sont donc déjà là parmi les disciples
et les épîtres de Jean, de Jacques, de Jude , et la seconde
de Pierre semblent avoir été écrites surtout pour cela. Un danger
extrême pour les premières communautés de Juifs évangélisés:
l'Antechrist, les antechrist, les adversaires du Christ ! Ils
sont déjà présents parmi eux ! Je n'invente rien. Constatez
par vous-même !
L’antéchrist des temps apostoliques
"Vous avez entendu dire qu'il vient un antéchrist. Voici que, présentement,
il y en a beaucoup; par où nous savons que la dernière heure
est là. Ils sont sortis de chez nous, mais ils n'étaient pas
des nôtres..."(Première épître de Jean, ch. II v.I8-20) "Car
il s'est introduit subrepticement parmi nous quelques individus,
des impies depuis longtemps désignés pour ce jugement, qui ont
changé en licence la grâce de Dieu et qui ont renié notre seul
Maître et Seigneur Jésus-Christ." (Epître de Jude, v. 4)
Qui sont les antéchrists, les faux prophètes,
les faux docteurs dont il est question dans les épîtres de Jean,
de Pierre, de Jude, de Jacques, également,
où il est question de luttes et de querelles en ces premiers
temps du christianisme ? Ces épîtres semblent avoir pour seul
objet de mettre en garde les premiers disciples contre ce grand
danger. Bien qu'ils ne soient pas nommés, une lecture attentive
du Nouveau Testament, en particulier du Livre des Actes et des
Epitres, nous laisse perplexe au sujet de Saul de Tarse qui
est devenu l'apôtre Paul. Ses épitres donnent à penser qu'il
est accusé, avec Barnabé et d'autres collaborateurs, d'être
des imposteurs, des "falsificateurs de la Parole", d'avoir une
"conduite honteuse et sournoise", de "prétendre régir la foi
par cupidité", de "frelater la parole de Dieu", de "concevoir
quelque-chose de son propre chef". Pour les autres, Paul n'est
pas apôtre, c'est un "homme de mensonge"! Paul s'en défend dans
ses épitres aux Corinthiens, et avance qu'il est victime de
lettres diffamantes de "frères". Pour répondre à ces calomniateurs,
Paul se sent contraint de faire son apologie. Cherchons à comprendre
ce qu'il se passe. Dans cette atmosphère de fin des temps et
de nouvelle ferveur religieuse, les messagers de la Bonne Nouvelle
semblent confrontés à de dangereux "faux apôtres" qui sont là
"séduisant par leur ruse les disciples". L'épître de Jacques
semble écrite en réaction contre la fausse doctrine que répandent
ces "faux frères", ces séducteurs qui prêchent au nom de Jésus-Christ.
Et cette opposition entre Paul et les Apôtres apparaît clairement
si l'on compare cet épître de Jacques et celle de Paul aux Galates.
Nul besoin de les nommer, "ceux qui se disent apôtres sans l'être
et qui ont été trouvé faux" (Apocalypse II 2), cela saute aux
yeux que Paul est visé. Les épitres de Pierre posent problème:
elles ont certainement été retouchées. La première ressemble
trop aux écrits de Paul. La seconde, qui semble accabler ces
faux docteurs "qui Editoduiront sournoisement des sectes pernicieuses",
se termine par un petit paragraphe qui retire tout soupçon qu'on
aurait sur Paul: ce paragraphe a bien pu être rajouté. Pure
hypothèse, direz-vous! Malheureusement, les Ecritures ont été
retouchées maintes fois et on ne sait plus qui a commencé ;
mais cela est incontestable...et aussi inavouable. Ainsi , les
Chrétiens sont les premiers à l'ignorer! Pourtant, il est de
notoriété publique que toute la Bible fut révisée et traduite
en latin à la fin du IVe siècle sous la responsabilité
de Jérôme et de l'église de Rome; c'est la version "Vulgate"
que tout le monde possède mais qui n'est pas le texte d'origine.
Dans "La Nouvelle Histoire de l'église" [1],
Jean Danielou fait état du conflit entre Paul et Jacques, lequel
était non seulement un des Apôtres mais aussi le vrai chef de
l'Eglise à Jérusalem. Cette première Eglise, qui fut prépondérante
jusqu'à la destruction du Temple en 70, disparaît et laisse
le champ libre à l'Eglise de Paul, fondée à Antioche avec Barnabé.
C'est là que le nom de "chrétien" est utilisé pour la première
fois (Actes XI 26). "Mais cet effacement fausse l'histoire des
origines chrétiennes", note Jean Danielou. "A terme, on aboutit
à un renversement de situation: l' Eglise de Jérusalem, après
la mort de Jacques (Actes XII 1) celle qui triomphait en 49,
s'effondre en 70 avec la prise de Jérusalem, du fait de la révolte
juive contre les Romains. Le christianisme paulinien commence
alors sa destinée triomphale". Pour affirmer cela et réécrire
l'histoire de l'église à ses débuts, notre historien fait référence
aux nombreux textes apocryphes, rejetés ou occultés par l'église
dans les siècles passés. Les manuscrits esseniens découverts
dans les grottes au bord de la Mer Morte et les manuscrits gnostiques
découverts en Egypte à la même époque figurent parmi les sources
historiques. Pour cet historien chrétien, le livre des Actes,
écrit par Luc, est un document capital, mais pas unique. Il
faut dire aussi que, sur les huit cents documents que renferment
les fameux manuscrits de la Mer Morte, à peine un quart a été
publié aujourd'hui, près de cinquante ans après leur découverte:
un vrai scandale! Ils sont confisqués par des religieux et des
représentants de l'église catholique. Les journalistes qui ont
mené l'enquête en ont fait un livre dont le titre est: "La Bible
confisquée".[2] . Pensez
: des centaines de jarres contenant autant de rouleaux découverts
dans une douzaine de grottes, c'est une vraie bible qui fut
retrouvée! Les dogmes catholiques seraient-ils remis en question
, et l'autorité de l'Eglise catholique menacée ? Les révélations
des premiers manuscrits publiés sur les origines du christianisme
avaient déjà suscité de rudes controverses. Que penser de celles
que nous réservent ceux qui restent abusivement retenus par
l'Eglise ?
Et voilà: j'ai mis les pieds dans
le plat ! Si cela ne vous déplaît pas, continuons. La question
est de savoir la vérité sur les débuts de la religion chrétienne,
de l'église de Rome qui domina l'Europe pendant des siècles,
et qui a encore une forte emprise sur des nations entières dans
le monde alors que son influence a décliné en Europe. La religion
catholique romaine porte la marque de Paul plus que de celle
des douze apôtres. Pierre s'efface devant lui, devant son arrogance.
Paul et Barnabé n'ont-ils pas fondé l'église d'Antioche en donnant
aux fidèles le nom de "chrétiens" la première fois ? Je vais
donc avoir la lourde tâche de souligner les indices qui donnent
à penser que Paul et ses acolytes pourraient bien être les "antéchrist",
les "faux prophètes" dénoncés par Pierre, Jacques et Jean dans
leurs épîtres. Je n'ai pas la possibilité de connaître les textes
apocryphes, ni les évangiles primitifs qui sont d'ailleurs perdus.
Je me contenterai donc de commenter les textes canoniques, car
ils contiennent des indices révélateurs sur les débuts du christianisme,
les "premiers temps" qui changèrent la face du monde. Le livre
des Actes fait mention de dissensions, de controverses et de
querelles dès qu'apparaît Paul. Ce qui se confirme par la lecture
attentive des épîtres. Ainsi , Jean écrit pour mettre en garde
les disciples contre les "faux docteurs", les "faux prophètes",
les "antéchrist" qui, par séduction, peuvent les détourner de
la Voie. Il n'est question que de cela dans les épîtres des
apôtres alors que Paul, dans ses épîtres aux Corinthiens, principalement,
mais aussi dans les autres lettres qu'il envoie, n'écrit que
pour se défendre de diffamations, calomnies venant de "frères".
Les lettres accusatrices dont il fait état ne seraient-elles
pas celles de Jean ? Ne serait-il pas un des "faux apôtres"
dont il est question dans le livre de la Révélation ? (Apocalypse
en grec). L'épître de Jacques n'a-t-elle pas été écrite en réaction
à la doctrine que répand Paul, celle du salut par la foi seule
(épître aux Galates). Pour Paul, "nos mérites n'y sont pour
rien", "la Loi est disqualifiée". Et Jacques d'écrire: "Que
sert, mes frères, de prétendre avoir la foi si l'on n'a pas
les oeuvres ? Cette foi peut-elle le sauver ?... Veux-tu comprendre,
homme vain, que la foi sans les oeuvres est stérile ?" (épître
de Jacques) L'opposition entre Paul et les apôtres a été amoindrie
par Luc, le scribe de Paul, qui est l'auteur du troisième évangile,
et le chroniqueur des Actes ou peut-être par par saint Jérôme
lorsque les textes furent révisés. La seconde épître de Pierre
semble aussi accuser gravement l'attitude de Paul (chap. 2)
mais une note termine sa lettre pour le disculper en parlant
des "passages difficiles à comprendre dans les épîtres de Paul".
Est-ce un rajout postérieur ? En effet, sans cette phrase, on
serait intrigué de constater qu'aucun apôtre ne mentionne Paul
, et que c'est lui-même qui se prétend tel, sans la caution
des Anciens , des "Colonnes" que sont les vrais Apôtres ! Paul,
en affranchissant les chrétiens de la Loi, n'est-il pas en contradiction
avec les paroles de Jésus pour qui "pas un iota, pas un trait
de la Loi ne devait être supprimé"? (Matthieu V,17-19)
Jésus n'est pas venu abolir la
Loi, mais l'accomplir, et il n'aurait souffert "que quelqu'un
viole un des plus petits commandements et enseigne aux hommes
à faire de même". Or, que fait Paul ? Bien pire : il abolit
la Loi ! Stupeur et damnation ! Qu'en penser ? Paul, c'est Saul
de Tarse, le persécuteur des premiers disciples, qui prétendit
avoir totalement changé de voie après avoir eu une apparition
de Jésus . Son histoire est incroyable ! Cela défie la raison
! Il faut la lire telle qu'elle est relatée dans le livre des
Actes. C'est ce que nous avons fait. Et c'est là que des invraisemblances
et des contradictions dans les affirmations de Paul finissent
par nous faire penser qu'il ment et que toutes les accusations
dont il se défend dans ses épîtres sont fondées. En fait, aucun
des douze apôtres ne semble cautionner ce qu'affirme Saul -
dit saint Paul - si l'on exclue la note en fin de texte qui
a pu être rajoutée à la seconde épître de Pierre. Il se peut
aussi que Pierre se soit rallié à Paul , à Rome, et ainsi, ils
sont supposés être les deux Témoins du chapitre XI de la Révélation.
Mais rien n'est plus controversé que cette interprétation; laissons-la
de côté, d'autant plus que ce texte est tronqué et reste mystérieux.
L'Apocalypse qui nous est parvenue est la refonte de plusieurs
apocalypses parmi celles qui circulaient aux premiers siècles
[3]. A propos, qui sont
"ceux qui se disent juifs sans l'être et forment la synagogue
de Satan" ? (Apo. II, 9) N'oublions pas que les premiers disciples
étaient juifs et entendaient le rester. Jésus n'apportait pas
une nouvelle religion: "Ce n'est qu'aux brebis perdues de la
maison d'Israël que je suis envoyé." (Matt. XV 24). Et lorsqu'il
envoye ses apôtres en mission, il leur donne ces instructions
: "N'allez pas chez les païens et n'entrez pas en Samarie :
allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d'Israël et
, sur votre route, annoncez que le royaume des cieux est proche."
(Matt. X ,5-6). Les Juifs avaient déjà été évangélisés lorsque
Saul - alias Paul - s'adresse à eux. C'est important de s'en
rappeler pour la suite. Pour l'orientaliste Alain Danielou,
"si Jésus est venu apporter un message d'amour, c'est saint
Paul qui a perverti son discours". Robert Eisenman, un des savants
qui s'est penché sur les manuscrits de la Mer Morte voit en
lui "l'homme de mensonge" de ces fameux manuscrits. Qu'en est-il
au juste ? Outre que le discours de Paul sur la Loi est source
de confusion, cet apôtre tardif et doctrinaire fonde une nouvelle
religion alors que Jésus s'était contenté de rétablir l'ancienne.
Parlant à ses disciples de faux prophètes, Jésus les avait avertis
en ces termes: "Prenez garde de vous laisser abuser. Plusieurs
viendront en mon nom et diront: c'est moi, les temps sont proches.
Ne les suivez pas." (Luc XXI 8). Or, qu'affirme péremptoirement
Paul ? - "C'est moi l'apôtre du Christ... la fin des temps est
proche." Et, dès l'épisode du fameux chemin de Damas, (rapporté
par Luc dans les Actes) des questions se posent naturellement
à nous. Saul était parti arrêter les adeptes de la secte (les
disciples) accompagné d'une escorte armée. Rendu aveugle par
la "vision", ses "compagnons de voyage" l'auraient pris par
la main pour le conduire à Damas. Qu'est devenue son escorte
? C'est trop invraisemblable, cette histoire ! Les Juifs de
Damas avaient-ils déjà été évangélisés ? Il ne peut s'agir de
la ville de Syrie qui n'était pas sous la juridiction de Judée
mais plutôt de la bourgade de Judée près de la Mer Morte où
se trouvait la communauté essenienne dont il est question dans
l'écrit de la Nouvelle Alliance au Pays de Damas appelé "écrit
de Damas" par les archéologues. Pourtant, le texte rapporte
que Saul s'empresse de proclamer dans les synagogues sa foi
en Jésus Christ et Fils de Dieu à la stupéfaction des Juifs
qui sont parfaitement au courant sur son compte. Bien qu' il
prétende "confondre" ces Juifs et qu' "il sentait grandir sa
puissance", il est obligé de fuir avec l'aide de "ses disciples"
d'une façon peu glorieuse (Actes IX, 1-25). Ses "disciples"
sont-ils ses précédents "compagnons de route"? Pour l'Editoduire
dans la communauté des disciples de Jérusalem, il n'a ni compagnon
ni lettre; il arrive comme un intrus. C'est finalement Barnabé
, le Lévite, qui le présente aux apôtres. Barnabé était-il ou
devient-il alors le fidèle compagnon de Saul ? Rencontrant des
"hellénistes" et discutant avec eux , Saul se sent menacé au
point de fuir jusqu'en Cilicie ! Qui sont ces hellénistes, ses
plus farouches ennemis ? (Actes IX, 26-30) Et qu'apprend-on
aussitôt après son départ (verset suivant) ? Que la communauté
était alors en paix en Judée, en Galilée et en Samarie. Il n'y
a donc que Saul qui rencontre l'adversité. Dans la suite, cela
va continuer avec Barnabé: Luc va les suivre et raconte leurs
tribulations dans la seconde partie du Livre des Actes et ne
parle plus des vrais apôtres, ou si peu ! Tous ces détails du
témoignage de Saul posent problème ! Pourquoi Barnabé et Saul
vont-ils à Antioche "instruire" les disciples durant une année
entière alors que ceux-ci avaient déjà converti un nombre considérable
de gens, même des non-Juifs ? Jean leur écrit: "Vous n'avez
pas besoin que personne vous instruise; voilà ce que j'avais
à vous écrire au sujet de ceux qui vous leurrent"(I épître de
Jean II 26). Les disciples de Jean ne seraient-ils pas les "hellénistes
" qui s'opposent à Saul ? Quand on lit que Paul reconnaît lui-même
avoir "dépouillé d'autres églises", dans sa seconde épître aux
Corinthiens (XI 8), n'est-ce pas pour fonder sa propre secte,
son église dite "chrétienne" ? Hypothèse sacrilège ? Blasphème!
diront certains. Abandonnons les préjugés religieux pour découvrir
une version moins édulcorée de la Bible qui nous a été transmise.
Quel mensonge Paul avoue-t-il dans son épître aux Romains ?
Car il se défend comme s'il n'avait commis qu'un pieux mensonge,
mais croyez-vous que " d'un mal il puisse sortir quelque bien"?
(Romains III 7) Ne ment-il pas au roi Agrippa en chemin de Damas,
lui aurait dit: "Je t'ai choisi du milieu de ce peuple et des
païens vers lesquels je t'envoie"? (Actes XXVI 17) Auparavant,
devant le gouverneur Félix, il avait affirmé qu'il avait reçu
cette mission dans une autre "vision" dans le temple de Jérusalem
(Actes XXII 23). Mais alors, pourquoi a-t-il été s'adresser
aux Juifs et prêcher dans les synagogues dans son premier périple,
en commençant par Damas ? A chaque fois cela tourne mal : il
est rejeté, chassé, lapidé. Il est contraint à s'enfuir avec
Barnabé, ou à s'exiler à Tarse. En réalité, c'est uniquement
parce qu'ils sont si mal reçus en prêchant dans les synagogues
que nos deux acolytes songent ensuite à se tourner vers les
païens ! C'est écrit noir sur blanc dans le livre des Actes
(XIII 46 et XVIII 6).
Autres détails révélateurs
Malgré ce qu'ils racontent en revenant à Jérusalem, Paul et
Barnabé ont convaincu peu de gens, seulement quelques païens;
ils ont plutôt semé la confusion et la division chez les Juifs.
Or, à ce moment-là, seuls les Juifs avaient été évangélisés.
A Jérusalem, ils repartent avec une lettre qui leur servira
de sauf-conduit car ils semblent avoir su tromper des apôtres,
du moins Pierre, qui se dit choisi depuis longtemps pour aller
porter l'évangile aux païens, lui aussi. L'apôtre Jacques n'est
déjà plus le chef de la communauté puisqu'il a été exécuté par
le glaive par le roi Hérode à l'époque où Paul et Barnabé firent
la collecte pour les frères de Judée, sous prétexte d'une "famine
se répandant sur toute la terre".( cf. Actes XI 28-30 , XII
1-2, et XV 7-35) Qui est ce nouveau Jacques ? Et, dans la lettre,
il est bien question de "quelques-uns parmi les disciples qui
ont mis le désarroi dans les esprits par leurs propos déconcertants
et qui n'avaient aucun mandat de notre part". A Antioche, il
ne pouvait être question que de nos deux personnages: Paul et
Barnabé! C'est bien eux qui avaient été rejoindre les disciples
pour les instruire! Avaient-il un mandat des apôtres pour
cela ? Comme l'a déjà fait remarquer Voltaire dans son "Dictionnaire
Philosophique", l'arrestation de Paul à Jérusalem n'est que
la conséquence d'une attitude fourbe et malhonnête pour tenter
"d'abolir la rumeur sur son compte", car Paul est accusé d'apostasie:
Il prêche la rupture d'avec Moïse et pas seulement au sujet
de la circoncision (Actes XXI 17-26); il élabore la doctrine
du salut par la foi seule et rejette la Loi de Moïse ( Ephésiens
II 8). En fait, c'est en lisant attentivement les déclarations
qu'il fait à chaque fois pour se défendre et surtout les épîtres
qu'il a écrites aux différentes communautés chrétiennes que
l'on peut démasquer cet antéchrist en ces temps apostoliques:
autrement, pourquoi, dans ses épîtres, Paul éprouve-t-il sans
cesse le besoin de se justifier, de jurer qu'il dit la vérité
, qu'il ne ment pas et qu'il est bien apôtre? Citons: II Corinthiens
XI 31, Romains IX 1, I Théss II 3-5. Faut-il citer encore tous
les passages, toutes les phrases qui confirment ce que nous
avançons ? Ce serait un long texte insipide qui en résulterait.
La clef des passages obscurs et difficiles à comprendre est
là ; il appartient à chacun d'en juger. Or, c'est surtout l'impression
que laissent ses épîtres qui, malgré certains passages dissonants,
car d'une réelle valeur spirituelle, nous ont amené à cette
conclusion incroyable et inattendue: Paul, Barnabé et quelque
autres qui les suivirent sont les "antéchrist", les faux prophètes,
les faux docteurs de la Bible. L'insistance de Paul pour que
chacun donne généreusement à la collecte, la confusion savamment
entretenue au sujet de l'observance de la Loi (les dix commandements
ou les règles et obligations religieuses?), sa haine des Juifs
(I Thes II 16), des sages (philosophes), de la science (des
savants) et de tous ses adversaires qu'il envoie à Satan, voilà
qui nous fait penser que c'est par cupidité qu'il agit, créant
sournoisement la secte appelée "la synagogue de Satan" dans
la lettre adressée par Jean aux sept églises (Apocalypse II
9 et III 9). Qui sont "ceux qui se disent apôtres sans l'être
et qui ont été trouvés menteurs"? (Apo II 2) Dans sa première
épître au Corinthiens IX 1-3, Paul admet que "pour d'autres
il n'est pas apôtre". Il prétend en imposer aux éminents apôtres
et les dénigre ( II Corinthiens XI 4-5). Voilà ce qui se dégage
d'une lecture attentive des Actes et des épîtres du Nouveau
Testament, appellation qui nous vient de l'épître aux Hébreux
où il est écrit: "Le Christ est médiateur du nouveau testament,
et ainsi, sa mort étant intervenue pour le rachat des fautes
commises sous l'ancien, les élus reçoivent l'héritage éternel
qui leur a été promis" ..."et s'il doit apparaître une seconde
fois, ce sera, non plus en raison du péché, mais pour apporter
le salut à ceux qui l'attendent"(épître aux Hébreux IX
15-28). Paul n'en est pas l'auteur, car il avait renoncé à s'adresser
aux Juifs, ces "chiens", "ennemis de tous les hommes" ( Iier
épître de Paul aux Thessaloniciens II, 15)... Paul veut
recevoir son salaire comme un prêtre et pour que les fidèles
donnent généreusement à la collecte, il invente une parole qu'
il attribue à Jésus: "Il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir".
Mais sa mauvaise conscience lui fait dire: "Nuit et jour, avec
peine, nous avons travaillé pour n'être à charge de personne
d'entre vous." Pourtant, il recommande "que celui qu'on instruit
de la Parole donne de tous ses biens à qui l'en instruit". Alors
que Jésus disait à ses disciples: "De même que vous avez reçu
gratis, donnez gratuitement." Si j'ai cessé d'inscrire les références
bibliques, c'est pour que le lecteur intrigué se mette à lire
lui-même les épîtres d'un bout à l'autre, et pas seulement les
épîtres de Paul, parce qu'il s'apercevra par lui-même des méthodes
de Paul, les mêmes qu'on reproche aujourd'hui aux sectes:
endoctrinement à outrance, soumission, mensonge, escroquerie...
"Quelle source de profit que la piété ne serait-ce que pour
la nourriture et le vêtement", écrit-il à Timothée. Il
y aurait encore beaucoup à dire en relevant toutes les contradictions,
les prophéties jamais accomplies, les fausses promesses, les
exhortations au martyr, les menaces de châtiment suprême, les
falsifications pour faire accorder la nouvelle religion avec
les écritures juives, - j'en passe et des meilleures ! L'adhésion
à la "foi" chrétienne et la pratique religieuse a-t-elle apporté
une ère de justice et de paix en Occident ? L'Histoire en répond.
L'enrichissement de l'église romaine, son alliance avec le pouvoir
depuis Constantin le Grand (depuis Clovis en France), la terrible
Inquisition, l'intolérance et l'obscurantisme moyennâgeux, qui
ne cessèrent qu'avec la Révolution inspirée par les philosophes
des Lumières (l'esprit critique s'exerce d'abord contre la religion
et les dogmes), et toute la frénésie religieuse (trafic des
reliques et des fausses reliques, culte des saints, hystérie
religieuse, croisades...) la simonie (trafic des indulgences
papales), la corruption, la débauche, le népotisme (pour l'avoir
dénoncé, Savonarole fut brûlé vif sur un bûcher) : nous avons
là tous les éléments caractérisant la Grande Prostituée de Babylone
(cf. Apocalypse Ch. XVII et XVIII). Nombreux furent ceux qui
la considérèrent comme telle: les troubadours et les Cathares
(qui ne se référaient qu'à l'évangile de Jean), les Templiers
du cercle intérieur (Manuscrit de Hambourg), les Vaudois, les
premiers Protestants (Jean Hus fut brûlé vif aussi pour cela)
et Savonarole. Le dogmatisme n'a servi qu'à figer et à imposer
une doctrine contestée et contestable; la dévotion à Marie,
mère de Dieu a servi à supplanter les anciens cultes de la Déesse-Mère,
de la Reine du Ciel ou de la Vierge-Mère (Isis, Cybèle, Arthémis,
Phrygie); on avait besoin de miracles, d'apparitions, de lieux
de pèlerinages et on en trouva car on y cru. Faut-il parler
des armes secrètes de la papauté, de ses bataillons fidèles
et secrets que furent les Jésuites (terme péjoratif des membres
de la Société de Jésus), qui furent bannis et chassés d'Europe
après toutes sortes de crimes politiques et de scandales ? Mais,
actuellement, l' Opus Dei n'a-t-il pas repris la relève pour
la défense de la papauté ?
Et qu'en dit Nietzsche ?
"Le christianisme, un naïf effort vers un mouvement de paix
bouddhique, jaillissant du foyer du ressentiment des opprimés,
des pauvres, mais retourné par saint Paul qui en fit une doctrine
du mystère païen, propre à s'accorder enfin avec toute l'organisation
de l' Etat, à faire la guerre, à condamner, à martyriser, à
conjurer, à haïr. Il a annulé le christianisme primitif, déplaçant
partout le centre de gravité. L'attentat (affrontement) contre
les prêtres (pharisiens et publicains) et la théologie a abouti,
grâce à saint Paul, à un nouveau sacerdoce, à une nouvelle théologie,
à une caste régnante, à une Eglise. Ceci est l'humour de la
chose, un humour tragique : saint Paul a rétabli, en lui prêtant
des proportions énormes, ce que le Christ avait justement annulé
par sa vie. Enfin, lorsque l'édifice de l'Eglise fut terminé,
elle sanctionna même l'existence de l'Etat (en sacrant rois
et empereurs, en possédant les Etats pontificaux)... Le christianisme
est devenu quelque-chose de foncièrement différent de ce que
fit et voulut son initiateur (Jésus-Christ). La vie du chrétien
finit par être le genre de vie dont le Christ enseignait qu'
il fallait se séparer... l'Eglise appartient au triomphe de
l'Antéchrist, tout aussi bien que l'Etat moderne, que le nationalisme
moderne." ( Volonté de Puissance )
"Le monde entier croit encore au talent d'auteur du "Saint-Esprit",
ou subit encore les contrecoups de cette croyance : si l'on
ouvre la Bible c'est pour s'édifier, pour trouver à sa propre
misère, grande ou petite, un mot de consolation, - bref, on
y cherche et on s'y trouve soi-même. Qu'elle rapporte aussi
l'histoire d'une âme des plus ambitieuses et des plus importunes,
d'un esprit aussi plein de superstition et de ruse, l'histoire
de l'apôtre Paul, qui sait cela en dehors de quelques savants
? Pourtant, sans cette histoire singulière (Livre des Actes
des Apôtres), sans les troubles et les orages d'un tel esprit,
d'une telle âme (épîtres de Paul), il n'y aurait pas de monde
chrétien. A peine aurions-nous entendu parler d'une petite secte
juive dont le maître mourût en croix. Il est vrai que, si l'on
avait lu, réellement lu, les écrits de saint Paul, non pas comme
on lit les révélations du Saint-Esprit, mais avec la droiture
d'un esprit libre et primesautier, sans songer à sa détresse
personnelle, il y a longtemps que c'en serait fini du christianisme
: tant il est vrai que ces pages de saint Paul mettent à nu
les origines du christianisme..." (Aurore de F. Nietzsche)
"Pendant quinze cents ans, il n'y eut pas de pareils lecteurs",
hormis Voltaire qui concluait : "Ecrasez l'infâme !" En bon
philologue, Nietzsche n'a pas manqué de le signaler, et il développe
ses arguments en faisant le portrait psychologique de saint
Paul. Enfin, il pose le problème philosophique de la vérité.
Il va même très loin en remettant en cause la morale chrétienne.
Si les mensonges servent à faire éclater la "véracité" de Dieu,
où va-t-on ? (cf épître de Paul aux Romains III 7) Et si les
dogmes chrétiens sont bâtis sur les mensonges de Paul, il ne
faut pas s'étonner que les manuscrits de la Mer Morte causent
de telles polémiques et que leur publication par les bons soins
des dominicains de l'école biblique de Jérusalem tarde tant
- une affaire qui dure depuis plus de 40 ans! Alors, on comprend
la virulence de Nietzsche contre le christianisme, nouveau pharisianisme
falsificateur de la vérité, pendant longtemps dressé contre
la science, la philosophie, "le monde"! Son ouvrage L'Antéchrist
est un essai critique qui s'attaque surtout au paulinisme de
la religion chrétienne. Il reprend les termes utilisés par Jésus
dans Ainsi parlait Zarathoustra: "sépulcres blanchis". Son mépris
des chrétiens est du même ordre que celui de Jésus à
l'égard des pharisiens: "race de vipères", "fils du mensonge",
les invectivait-il. Mais, comme Jésus, Nietzsche fut mal compris
de ses contemporains et fut trahi... par sa soeur qui essaya
de mettre son oeuvre au service du national-socialisme (Nietzsche
y est pourtant opposé dans ses écrits, c'est pourtant clair).
"Dernier trait de la fatalité de Nietzsche: la parente abusive
qui figure dans le cortège du "penseur maudit", souligne Gilles
Deleuze (PUF, coll. Philosophes). En fait, tous deux sont des
perturbateurs, des révoltés qui ont été mis au piloris par la
caste régnante! A plusieurs reprises, l'Eglise a tenté de se
réformer, mais en vain. Aujourd'hui, l'Eglise des chrétiens
se cherche. Toutes les Eglises chrétiennes, d'ailleurs.
L'agonie du christianisme
Comme le dit l'orientaliste Alain Danielou, "Si Jésus est venu
apporter un message d'amour, c'est saint Paul qui a perverti
son message". Quant à la Bible chrétienne, qui a été remaniée
pour s'accorder aux écritures juives, qui est lue et étudiée,
méditée, même, encore, par un certain nombre de prêtres, de
moines et de chrétiens, elle ne nous inspire plus; elle pose
plus de questions qu'elle n'en résout. Nous la mettons de côté.
Nous pouvons l'oublier. Le monde a déjà changé. Un nouveau monde
est né, une nouvelle ère pour l'humanité a commencé; il ne lui
manque qu'un nouvel évangile: un évangile pour l'avenir, pour
que l'avenir de l'humanité ne soit plus menacé. Cet évangile
de l'avenir a-t-il déjà été écrit il y a un siècle par un philosophe
du nom de Nietzsche ? Ou bien par un iranien du nom de Baha'u'llah
? Les prophètes des temps modernes ne manquent pas! L'avenir
est-il le surhumain ? Ne faut-il pas à nouveau trouver de nouvelles
valeurs ("peser à nouveau le poids de toute chose")? Ne faut-il
pas prendre en main notre destin ? Si les humains ne sont plus
maîtres d'eux-mêmes, comment pourraient-ils être maîtres de
leur avenir, penser aux générations futures ? Quelles conditions
de vie pouvons-nous garantir à notre descendance ? Qu'est-ce
que notre salut individuel si l'horizon vital de l'humanité
est bouché ? En réalité, les questions ne manquent pas. Devrons-nous
revenir sur Terre et subir la pollution ou le désastre que nous
aurons nous-mêmes engendré, comme le suggère le livre de la
Sagesse ? Devrons-nous nous réincarner pour apprendre à vivre,
pour évoluer et tendre vers la perfection ? Pourra-t-on un jour
instaurer un royaume de justice et de paix pour le genre humain
? Ce rêve de justice et de paix est-il pure utopie ? Que savons-nous
? Qu'y a-t-il au delà de la mort ? Reviens, Jésus, pour nous
le dire... Oh, c'est la folie qui me guette, j'en suis sûr!
Il faut avoir le courage d'affirmer ce que l'on sait véritablement
et non ce que l'on croit savoir. Cela ferait avancer les choses
! Comme l'a écrit Nietzsche: "Le Chrétien agit comme tout le
monde et possède un christianisme de cérémonies et d'états d'âmes."
"L'ironie de la civilisation européenne, c'est que l'on tient
telle chose pour vraie et que l'on fait telle autre".
Les pasteurs de la chrétienté ont été les premiers à ne pas
appliquer ce que Jésus avait prescrit: ils jugèrent, condamnèrent,
torturèrent, confisquèrent des biens et firent périr dans les
flammes leurs adversaires contestataires ou dissidents qu'ils
nommaient hérétiques. Ils suscitèrent des massacres par des
croisades, des guerres de religion. On reconnaît ici l'influence
de Paul, lui qui ne répugnait pas à châtier ses fidèles désobéissants
et à envoyer autrui à Satan pour le salut de son âme. ( I Cor.
V 5 ) et ( I Tim I 20 )
En réalité, la religion chrétienne enseigne la soumission, culpabilise,
engendre la résignation et le fatalisme. Elle se fait naturellement
l'alliée du pouvoir politique et surtout des dictatures. "Comme
si cela ne dépendait pas de nous que tout aille bien" !
s'exclame Nietzsche. La volonté de Dieu n'est pas d'intervenir
dans notre vie terrestre. On permet encore à l'Eglise de s'immiscer
dans tous les événements essentiels de la vie individuelle pour
leur donner sa consécration : naissance, mariage, décès. Et
l'Italie où c'est la religion chrétienne qui est toujours religion
d'Etat, est-ce un modèle ? Non, bien au contraire...
Combien de personnes croient encore aux dogmes chrétiens, à
supposer que les baptisés les connaissent ? Un Dieu unique se
serait mis en trois personnes pour faire, en esprit, un enfant
à une mortelle dénommée Marie, qui, n'ayant pas eu de rapports
sexuels avec son mari, est, de fait, exempte du péché originel,
l"immaculée conception". Le péché de la chair est-il le péché
originel ? Ce Dieu, que personne ne connaît mais que les chrétiens
vénèrent comme étant juste et bon, aurait abandonné son Fils
unique au gibet de la croix pour lui faire expier les péchés
de son peuple, élu parmi tous les peuples de la Terre, infidèle
et indigne de surcroît, le peuple juif (cf épître de Paul aux
Hébreux). Mais Dieu accordait sa grâce aux chrétiens, à condition
d'y croire et de se conformer à la morale et aux prescriptions
de l'Eglise ! Peut-être que les apôtres s'interrogèrent sur
le sens de la pitoyable crucifixion de leur Maître, lui ce Nazaréen
qui était à leurs yeux sans péchés et peut-être que l'holocauste
perpétuel, le sacrifice de l'agneau qui chasse les péchés du
monde revint à leur esprit. N'est-ce pas une croyance magique
de ce peuple nomade qui sacrifiait un animal pour expulser le
mal et avoir la faveur de Dieu ? (Exode XXIX, 38 et Nombres
VI, 16). Jésus n'était-il pas l'adversaire déclaré des pharisiens,
des sadducéens et des hérodiens ? (Jean VIII 44) Ceux-ci, en
particulier le grand prêtre Caïphe, ne pouvaient plus supporter
son arrogance, son influence croissante sur le peuple et c'est
Caïphe qui "prophétisa que Jésus devait mourir pour la nation",
selon l'Evangile de Jean (Jean XI, 47-52 et XVIII, 14). Et Jésus
s'y attendait ! (Jean VIII, 40) On sait que les Juifs, les pharisiens
particulièrement, croyaient à la résurrection, à cette époque,
et, lorsque le tombeau fut retrouvé vide, il n'y eu pas de doute
dans l'esprit des apôtres qui n'avaient pu sauver leur Maître
de l'infâme mort sur la croix. Il est ressuscité ! Ce Fils unique
de Dieu (il y eut beaucoup de fils de Dieu dans l'Antiquité
: les Pharaons, par exemple) aurait réapparu après cela à des
femmes qui ne le reconnaissant pas le prirent pour le jardinier
du cimetière, puis à des pèlerins qui se dirent après coup l'avoir
peut-être rencontré sans l'avoir reconnu. Enfin, il serait apparu
à ses disciples puis disparu mystérieusement dans leur lieu
de réunion, toutes portes fermées... Et pour celui qui marcha
sur les eaux, qui multipliait les pains à volonté, qui changea
l'eau en vin et qui ressuscita des morts, on inventa une fin
digne d'une telle destinée: il disparut dans les airs, et cela
est tellement surnaturel, qu'on le fête encore de nos jours:
c'est l'Ascension. Avec Paul, l'homme Jésus devint "l'égal de
Dieu" et par conséquent, on imagina le "mystère de l'incarnation"
de Dieu - alors que cela est en contradiction avec les paroles
de Jésus lui-même : "le Père est plus grand que moi" (Jean XIV,
28).
CONCLUSION
Plus ce qu'on raconte vient de loin, dans l'espace et le temps, plus
les gens sont portés à y croire, remarquait Tacite. Les Juifs
n'avaient-ils pas l'habitude de mêler Dieu à leurs affaires,
avec un brin de superstition ? Sait-on qui a écrit
ces évangiles ? N'est-ce pas des contes orientaux destinés
à transmettre un sentiment religieux ? Aujourd'hui, on
considère que tout cela n'a pas grand chose d'historique.
C'est affaire de foi. Certains penseront que je me sers abusivement de citations pour accréditer
ma thèse. Néanmoins, ils ne pourront pas me convaincre
du contraire avec seulement quelques citations sorties du contexte.