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Qui furent les antéchrist ?

L'enfant n'a pas les moyens de savoir si tout ce qu'on lui apprend est absolument vrai. Par son éducation, il est plongé dans un monde de croyances et de savoir ingurgité. Le fardeau des idées reçues que nous avons ainsi depuis notre enfance et notre adolescence est un piège, une prison. Mais, n'ayant pas le moindre sentiment d'être tombé dedans, la multitude ne cherche même pas à en sortir. Ce sont les idées-reçues de la culture morale et religieuse et celles de la culture scolaire et académique. Il faut un jour abandonner nos rêves d'enfant. Soustraire de sa pensée toute la salade des idées reçues inutiles et parfois nuisibles demande un long effort personnel de raisonnement, une volonté de lucidité et pas mal de bon sens. C'est un peu de soi-même que l'on abandonne: telle idée que l'on a fait sienne, telle conviction héritée de son milieu familial ou de quelque autorité morale. A l'âge adulte, chercher la vérité amène parfois à braver l'interdit, à aller à contre-culture. Mais je considère qu'exercer son esprit critique est une preuve de maturité non seulement pour chercher la vérité - elle est plus ou moins voilée - mais aussi pour déceler les mensonges, les tromperies possibles des hommes. Il peut être utile de se remettre en question, par rapport à son éducation religieuse, en particuliers.
La lecture de la Bible, présentée comme "Histoire Sainte", se fait souvent par petits chapitres et rarement par livres entiers. C'est un tort ! Il en va tout autrement lorsqu'on se donne la peine de lire le Nouveau Testament en entier. La clarté finit par se faire ! A force de découper le texte en petits extraits, comme à la messe, on est passé à côté de la critique. Car, si on l'a inscrit dans l'Histoire des humains, faisant démarrer le calendrier à la naissance du Christ, on est bien obligé d'y fouiller en historien sans oublier qu'il y a maintenant des documents archéologiques : les fameux manuscrits de la Mer Morte.
Etre adulte, c'est aussi perdre ses illusions et cesser d'être dupe. A quoi sert la raison, le sens critique, l'éducation scientifique, la critique de texte si l'interprétation dogmatique de la bible n'est jamais remise en question ? N'est-il pas permis de gloser librement ? Les pages suivantes risquent de porter un coup fatal à l'institution qui présente comme vérité ce qui a été l'objet de mille controverses - parfois sanglantes - au cours des siècles en Occident, et qui n'a plus, à terme, qu'un vague rapport avec la vérité, tout au moins au point de vue historique.
Sachez la vérité au sujet des fondateurs de la religion chrétienne et ce qui s'est passé aux premiers temps du christianisme et vous n'aurez plus de préjugés ni de croyances irrationnelles (préjugés de fin du monde, croyance en l'apocalypse, au retour du Christ et au sujet de l'antéchrist)! Les fameux manuscrits de la Mer Morte ont apporté une lumière nouvelle sur les origines du christianisme mais l'Eglise s'est empressée de les confisquer afin de n'être pas remise en question, elle et ses dogmes...

Un mystère chrétien

Paul se prétend le principal porteur de la foi évangélique et promet la rédemption à condition qu'on reste crédule, fidèle à son évangile. Et quel est ce "mystère demeuré secret depuis l'origine aux générations passées"? Tenez-vous bien; Paul vous le révèle dans son épître aux Colossiens (Ch I 25-27) : "Je suis le Ministre de l'Eglise qui est désormais ouverte aux païens". Quelle est la "glorieuse richesse de ce mystère parmi les païens ? - Que le Christ soit en vous, espérance de gloire"! Avec ce ton emphatique, Paul a subjugué des foules et a élaboré la doctrine chrétienne. La foi qu'il prêche, c'est la croyance en sa doctrine; l'espérance, la promesse du salut individuel, récompense finale au delà de la mort, donc quelque chose qui ne peut être vérifiée; la charité, c'est pour qu'on donne généreusement à la collecte. On serait tenté de se demander: est-ce par cupidité ? Foi, espérance et charité, voilà établis les principes fondamentaux de toute secte: on abuse de la crédulité des gens, on leur fait miroiter quelque-chose de merveilleux, une folle espérance, et en réalité on leur estorque de l'argent sous couvert de bons sentiments. Après avoir affirmé péremptoirement qu'il est devenu le porteur de l'espérance donnée par l'évangile prêché dans son église (Col I 23), Paul se prétend le missioné de Dieu pour "achever en sa chair pour son corps qui est l'Eglise" la Passion du Christ rédempteur. Une telle façon d'agir parait suspecte quand on lit plus loin qu'il met en garde contre la Philosophie, "les discours séduisants, les subtilités trompeuses qui s'inspirent de traditions humaines" (Col II 4-8). On sait que le discours et la raison avaient fait de grands progrès dans la civilisation gréco-romaine. Mais Paul balaye d'un revers de main la Philosophie et la science puisqu"'en Jésus-Christ se trouvent cachés tous les trésors de la sagesse et de la science" (Col II 3) !!! Et on y crut.
En fait, le livre des Actes nous apprend que Saul s'est tourné vers les païens parce qu'il n'avait aucun succès auprès des Juifs, ceux-ci, d'ailleurs, n'avaient-ils pas déjà été évangélisés par les apôtres et par Jésus lui-même ? L'évangile selon Matthieu est formel à ce sujet: Jésus était venu rien que pour les Juifs et il avait envoyé ses disciples annoncer la Bonne Nouvelle dans les synagogues de Judée.
La première communauté - ou Eglise - était à Jérusalem avec Jacques pour évêque, et Simon-Pierre n'était pas le chef de l'Eglise. Lorsque Saul vint se joindre aux disciples après l'épisode de Damas, il est introduit par Barnabé parce que "tous le redoutaient et ne pouvaient croire qu'il fût aussi devenu disciple". Nous avons peu d'explication sur le différent qui l'oppose aux Héllenistes, mais il s'est senti menacé au point de fuir à Tarse, en Cilicie ! C'est alors que l'Eglise connut une période de tranquilité en Judée, en Galilée et en Samarie. "Elle s'édifiait et croissait en nombre" juste pendant l'absence de Saul !!! Saul (qui devint Paul) ne connut pas de paix avec les Juifs de Palestine ou d'ailleurs. Accusé d'apostasie, il passera devant le tribunal de Jérusalem par les Juifs et mis en prison. Alors, il écrit: "Le monde est crucifié pour moi et moi pour le monde." (Galates VI 14) Et , ce qui est pire: "Ces chiens de Juifs sont les ennemis de tous les hommes". Non parce qu'ils ont crucifié le Messie, mais parce qu'ils ne veulent pas croire en ce faux apôtre et le chassent comme un renégat. On se souvient de l'avertissement de Jésus: "Prenez garde de vous laisser abuser: plusieurs viendront en mon nom, et ils diront: c'est moi, les temps sont proches. Ne les suivez pas." (Luc XI 8) Les faux prophètes sont donc déjà là parmi les disciples et les épîtres de Jean, de Jacques, de Jude , et la seconde de Pierre semblent avoir été écrites surtout pour cela. Un danger extrême pour les premières communautés de Juifs évangélisés: l'Antechrist, les antechrist, les adversaires du Christ ! Ils sont déjà présents parmi eux ! Je n'invente rien. Constatez par vous-même !

L’antéchrist des temps apostoliques

"Vous avez entendu dire qu'il vient un antéchrist. Voici que, présentement, il y en a beaucoup; par où nous savons que la dernière heure est là. Ils sont sortis de chez nous, mais ils n'étaient pas des nôtres..."(Première épître de Jean, ch. II v.I8-20) "Car il s'est introduit subrepticement parmi nous quelques individus, des impies depuis longtemps désignés pour ce jugement, qui ont changé en licence la grâce de Dieu et qui ont renié notre seul Maître et Seigneur Jésus-Christ." (Epître de Jude, v. 4)
Qui sont les antéchrists, les faux prophètes, les faux docteurs dont il est question dans les épîtres de Jean, de Pierre, de Jude, de Jacques, également, où il est question de luttes et de querelles en ces premiers temps du christianisme ? Ces épîtres semblent avoir pour seul objet de mettre en garde les premiers disciples contre ce grand danger. Bien qu'ils ne soient pas nommés, une lecture attentive du Nouveau Testament, en particulier du Livre des Actes et des Epitres, nous laisse perplexe au sujet de Saul de Tarse qui est devenu l'apôtre Paul. Ses épitres donnent à penser qu'il est accusé, avec Barnabé et d'autres collaborateurs, d'être des imposteurs, des "falsificateurs de la Parole", d'avoir une "conduite honteuse et sournoise", de "prétendre régir la foi par cupidité", de "frelater la parole de Dieu", de "concevoir quelque-chose de son propre chef". Pour les autres, Paul n'est pas apôtre, c'est un "homme de mensonge"! Paul s'en défend dans ses épitres aux Corinthiens, et avance qu'il est victime de lettres diffamantes de "frères". Pour répondre à ces calomniateurs, Paul se sent contraint de faire son apologie. Cherchons à comprendre ce qu'il se passe. Dans cette atmosphère de fin des temps et de nouvelle ferveur religieuse, les messagers de la Bonne Nouvelle semblent confrontés à de dangereux "faux apôtres" qui sont là "séduisant par leur ruse les disciples". L'épître de Jacques semble écrite en réaction contre la fausse doctrine que répandent ces "faux frères", ces séducteurs qui prêchent au nom de Jésus-Christ. Et cette opposition entre Paul et les Apôtres apparaît clairement si l'on compare cet épître de Jacques et celle de Paul aux Galates. Nul besoin de les nommer, "ceux qui se disent apôtres sans l'être et qui ont été trouvé faux" (Apocalypse II 2), cela saute aux yeux que Paul est visé. Les épitres de Pierre posent problème: elles ont certainement été retouchées. La première ressemble trop aux écrits de Paul. La seconde, qui semble accabler ces faux docteurs "qui Editoduiront sournoisement des sectes pernicieuses", se termine par un petit paragraphe qui retire tout soupçon qu'on aurait sur Paul: ce paragraphe a bien pu être rajouté. Pure hypothèse, direz-vous! Malheureusement, les Ecritures ont été retouchées maintes fois et on ne sait plus qui a commencé ; mais cela est incontestable...et aussi inavouable. Ainsi , les Chrétiens sont les premiers à l'ignorer! Pourtant, il est de notoriété publique que toute la Bible fut révisée et traduite en latin à la fin du IVe siècle sous la responsabilité de Jérôme et de l'église de Rome; c'est la version "Vulgate" que tout le monde possède mais qui n'est pas le texte d'origine. Dans "La Nouvelle Histoire de l'église" [1], Jean Danielou fait état du conflit entre Paul et Jacques, lequel était non seulement un des Apôtres mais aussi le vrai chef de l'Eglise à Jérusalem. Cette première Eglise, qui fut prépondérante jusqu'à la destruction du Temple en 70, disparaît et laisse le champ libre à l'Eglise de Paul, fondée à Antioche avec Barnabé. C'est là que le nom de "chrétien" est utilisé pour la première fois (Actes XI 26). "Mais cet effacement fausse l'histoire des origines chrétiennes", note Jean Danielou. "A terme, on aboutit à un renversement de situation: l' Eglise de Jérusalem, après la mort de Jacques (Actes XII 1) celle qui triomphait en 49, s'effondre en 70 avec la prise de Jérusalem, du fait de la révolte juive contre les Romains. Le christianisme paulinien commence alors sa destinée triomphale". Pour affirmer cela et réécrire l'histoire de l'église à ses débuts, notre historien fait référence aux nombreux textes apocryphes, rejetés ou occultés par l'église dans les siècles passés. Les manuscrits esseniens découverts dans les grottes au bord de la Mer Morte et les manuscrits gnostiques découverts en Egypte à la même époque figurent parmi les sources historiques. Pour cet historien chrétien, le livre des Actes, écrit par Luc, est un document capital, mais pas unique. Il faut dire aussi que, sur les huit cents documents que renferment les fameux manuscrits de la Mer Morte, à peine un quart a été publié aujourd'hui, près de cinquante ans après leur découverte: un vrai scandale! Ils sont confisqués par des religieux et des représentants de l'église catholique. Les journalistes qui ont mené l'enquête en ont fait un livre dont le titre est: "La Bible confisquée".[2] . Pensez : des centaines de jarres contenant autant de rouleaux découverts dans une douzaine de grottes, c'est une vraie bible qui fut retrouvée! Les dogmes catholiques seraient-ils remis en question , et l'autorité de l'Eglise catholique menacée ? Les révélations des premiers manuscrits publiés sur les origines du christianisme avaient déjà suscité de rudes controverses. Que penser de celles que nous réservent ceux qui restent abusivement retenus par l'Eglise ?
E
t voilà: j'ai mis les pieds dans le plat ! Si cela ne vous déplaît pas, continuons. La question est de savoir la vérité sur les débuts de la religion chrétienne, de l'église de Rome qui domina l'Europe pendant des siècles, et qui a encore une forte emprise sur des nations entières dans le monde alors que son influence a décliné en Europe. La religion catholique romaine porte la marque de Paul plus que de celle des douze apôtres. Pierre s'efface devant lui, devant son arrogance. Paul et Barnabé n'ont-ils pas fondé l'église d'Antioche en donnant aux fidèles le nom de "chrétiens" la première fois ? Je vais donc avoir la lourde tâche de souligner les indices qui donnent à penser que Paul et ses acolytes pourraient bien être les "antéchrist", les "faux prophètes" dénoncés par Pierre, Jacques et Jean dans leurs épîtres. Je n'ai pas la possibilité de connaître les textes apocryphes, ni les évangiles primitifs qui sont d'ailleurs perdus. Je me contenterai donc de commenter les textes canoniques, car ils contiennent des indices révélateurs sur les débuts du christianisme, les "premiers temps" qui changèrent la face du monde. Le livre des Actes fait mention de dissensions, de controverses et de querelles dès qu'apparaît Paul. Ce qui se confirme par la lecture attentive des épîtres. Ainsi , Jean écrit pour mettre en garde les disciples contre les "faux docteurs", les "faux prophètes", les "antéchrist" qui, par séduction, peuvent les détourner de la Voie. Il n'est question que de cela dans les épîtres des apôtres alors que Paul, dans ses épîtres aux Corinthiens, principalement, mais aussi dans les autres lettres qu'il envoie, n'écrit que pour se défendre de diffamations, calomnies venant de "frères". Les lettres accusatrices dont il fait état ne seraient-elles pas celles de Jean ? Ne serait-il pas un des "faux apôtres" dont il est question dans le livre de la Révélation ? (Apocalypse en grec). L'épître de Jacques n'a-t-elle pas été écrite en réaction à la doctrine que répand Paul, celle du salut par la foi seule (épître aux Galates). Pour Paul, "nos mérites n'y sont pour rien", "la Loi est disqualifiée". Et Jacques d'écrire: "Que sert, mes frères, de prétendre avoir la foi si l'on n'a pas les oeuvres ? Cette foi peut-elle le sauver ?... Veux-tu comprendre, homme vain, que la foi sans les oeuvres est stérile ?" (épître de Jacques) L'opposition entre Paul et les apôtres a été amoindrie par Luc, le scribe de Paul, qui est l'auteur du troisième évangile, et le chroniqueur des Actes ou peut-être par par saint Jérôme lorsque les textes furent révisés. La seconde épître de Pierre semble aussi accuser gravement l'attitude de Paul (chap. 2) mais une note termine sa lettre pour le disculper en parlant des "passages difficiles à comprendre dans les épîtres de Paul". Est-ce un rajout postérieur ? En effet, sans cette phrase, on serait intrigué de constater qu'aucun apôtre ne mentionne Paul , et que c'est lui-même qui se prétend tel, sans la caution des Anciens , des "Colonnes" que sont les vrais Apôtres ! Paul, en affranchissant les chrétiens de la Loi, n'est-il pas en contradiction avec les paroles de Jésus pour qui "pas un iota, pas un trait de la Loi ne devait être supprimé"? (Matthieu V,17-19)
J
ésus n'est pas venu abolir la Loi, mais l'accomplir, et il n'aurait souffert "que quelqu'un viole un des plus petits commandements et enseigne aux hommes à faire de même". Or, que fait Paul ? Bien pire : il abolit la Loi ! Stupeur et damnation ! Qu'en penser ? Paul, c'est Saul de Tarse, le persécuteur des premiers disciples, qui prétendit avoir totalement changé de voie après avoir eu une apparition de Jésus . Son histoire est incroyable ! Cela défie la raison ! Il faut la lire telle qu'elle est relatée dans le livre des Actes. C'est ce que nous avons fait. Et c'est là que des invraisemblances et des contradictions dans les affirmations de Paul finissent par nous faire penser qu'il ment et que toutes les accusations dont il se défend dans ses épîtres sont fondées. En fait, aucun des douze apôtres ne semble cautionner ce qu'affirme Saul - dit saint Paul - si l'on exclue la note en fin de texte qui a pu être rajoutée à la seconde épître de Pierre. Il se peut aussi que Pierre se soit rallié à Paul , à Rome, et ainsi, ils sont supposés être les deux Témoins du chapitre XI de la Révélation. Mais rien n'est plus controversé que cette interprétation; laissons-la de côté, d'autant plus que ce texte est tronqué et reste mystérieux. L'Apocalypse qui nous est parvenue est la refonte de plusieurs apocalypses parmi celles qui circulaient aux premiers siècles [3]. A propos, qui sont "ceux qui se disent juifs sans l'être et forment la synagogue de Satan" ? (Apo. II, 9) N'oublions pas que les premiers disciples étaient juifs et entendaient le rester. Jésus n'apportait pas une nouvelle religion: "Ce n'est qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël que je suis envoyé." (Matt. XV 24). Et lorsqu'il envoye ses apôtres en mission, il leur donne ces instructions : "N'allez pas chez les païens et n'entrez pas en Samarie : allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d'Israël et , sur votre route, annoncez que le royaume des cieux est proche." (Matt. X ,5-6). Les Juifs avaient déjà été évangélisés lorsque Saul - alias Paul - s'adresse à eux. C'est important de s'en rappeler pour la suite. Pour l'orientaliste Alain Danielou, "si Jésus est venu apporter un message d'amour, c'est saint Paul qui a perverti son discours". Robert Eisenman, un des savants qui s'est penché sur les manuscrits de la Mer Morte voit en lui "l'homme de mensonge" de ces fameux manuscrits. Qu'en est-il au juste ? Outre que le discours de Paul sur la Loi est source de confusion, cet apôtre tardif et doctrinaire fonde une nouvelle religion alors que Jésus s'était contenté de rétablir l'ancienne. Parlant à ses disciples de faux prophètes, Jésus les avait avertis en ces termes: "Prenez garde de vous laisser abuser. Plusieurs viendront en mon nom et diront: c'est moi, les temps sont proches. Ne les suivez pas." (Luc XXI 8). Or, qu'affirme péremptoirement Paul ? - "C'est moi l'apôtre du Christ... la fin des temps est proche." Et, dès l'épisode du fameux chemin de Damas, (rapporté par Luc dans les Actes) des questions se posent naturellement à nous. Saul était parti arrêter les adeptes de la secte (les disciples) accompagné d'une escorte armée. Rendu aveugle par la "vision", ses "compagnons de voyage" l'auraient pris par la main pour le conduire à Damas. Qu'est devenue son escorte ? C'est trop invraisemblable, cette histoire ! Les Juifs de Damas avaient-ils déjà été évangélisés ? Il ne peut s'agir de la ville de Syrie qui n'était pas sous la juridiction de Judée mais plutôt de la bourgade de Judée près de la Mer Morte où se trouvait la communauté essenienne dont il est question dans l'écrit de la Nouvelle Alliance au Pays de Damas appelé "écrit de Damas" par les archéologues. Pourtant, le texte rapporte que Saul s'empresse de proclamer dans les synagogues sa foi en Jésus Christ et Fils de Dieu à la stupéfaction des Juifs qui sont parfaitement au courant sur son compte. Bien qu' il prétende "confondre" ces Juifs et qu' "il sentait grandir sa puissance", il est obligé de fuir avec l'aide de "ses disciples" d'une façon peu glorieuse (Actes IX, 1-25). Ses "disciples" sont-ils ses précédents "compagnons de route"? Pour l'Editoduire dans la communauté des disciples de Jérusalem, il n'a ni compagnon ni lettre; il arrive comme un intrus. C'est finalement Barnabé , le Lévite, qui le présente aux apôtres. Barnabé était-il ou devient-il alors le fidèle compagnon de Saul ? Rencontrant des "hellénistes" et discutant avec eux , Saul se sent menacé au point de fuir jusqu'en Cilicie ! Qui sont ces hellénistes, ses plus farouches ennemis ? (Actes IX, 26-30) Et qu'apprend-on aussitôt après son départ (verset suivant) ? Que la communauté était alors en paix en Judée, en Galilée et en Samarie. Il n'y a donc que Saul qui rencontre l'adversité. Dans la suite, cela va continuer avec Barnabé: Luc va les suivre et raconte leurs tribulations dans la seconde partie du Livre des Actes et ne parle plus des vrais apôtres, ou si peu ! Tous ces détails du témoignage de Saul posent problème ! Pourquoi Barnabé et Saul vont-ils à Antioche "instruire" les disciples durant une année entière alors que ceux-ci avaient déjà converti un nombre considérable de gens, même des non-Juifs ? Jean leur écrit: "Vous n'avez pas besoin que personne vous instruise; voilà ce que j'avais à vous écrire au sujet de ceux qui vous leurrent"(I épître de Jean II 26). Les disciples de Jean ne seraient-ils pas les "hellénistes " qui s'opposent à Saul ? Quand on lit que Paul reconnaît lui-même avoir "dépouillé d'autres églises", dans sa seconde épître aux Corinthiens (XI 8), n'est-ce pas pour fonder sa propre secte, son église dite "chrétienne" ? Hypothèse sacrilège ? Blasphème! diront certains. Abandonnons les préjugés religieux pour découvrir une version moins édulcorée de la Bible qui nous a été transmise. Quel mensonge Paul avoue-t-il dans son épître aux Romains ? Car il se défend comme s'il n'avait commis qu'un pieux mensonge, mais croyez-vous que " d'un mal il puisse sortir quelque bien"? (Romains III 7) Ne ment-il pas au roi Agrippa en chemin de Damas, lui aurait dit: "Je t'ai choisi du milieu de ce peuple et des païens vers lesquels je t'envoie"? (Actes XXVI 17) Auparavant, devant le gouverneur Félix, il avait affirmé qu'il avait reçu cette mission dans une autre "vision" dans le temple de Jérusalem (Actes XXII 23). Mais alors, pourquoi a-t-il été s'adresser aux Juifs et prêcher dans les synagogues dans son premier périple, en commençant par Damas ? A chaque fois cela tourne mal : il est rejeté, chassé, lapidé. Il est contraint à s'enfuir avec Barnabé, ou à s'exiler à Tarse. En réalité, c'est uniquement parce qu'ils sont si mal reçus en prêchant dans les synagogues que nos deux acolytes songent ensuite à se tourner vers les païens ! C'est écrit noir sur blanc dans le livre des Actes (XIII 46 et XVIII 6).

Autres détails révélateurs

Malgré ce qu'ils racontent en revenant à Jérusalem, Paul et Barnabé ont convaincu peu de gens, seulement quelques païens; ils ont plutôt semé la confusion et la division chez les Juifs. Or, à ce moment-là, seuls les Juifs avaient été évangélisés. A Jérusalem, ils repartent avec une lettre qui leur servira de sauf-conduit car ils semblent avoir su tromper des apôtres, du moins Pierre, qui se dit choisi depuis longtemps pour aller porter l'évangile aux païens, lui aussi. L'apôtre Jacques n'est déjà plus le chef de la communauté puisqu'il a été exécuté par le glaive par le roi Hérode à l'époque où Paul et Barnabé firent la collecte pour les frères de Judée, sous prétexte d'une "famine se répandant sur toute la terre".( cf. Actes XI 28-30 , XII 1-2, et XV 7-35) Qui est ce nouveau Jacques ? Et, dans la lettre, il est bien question de "quelques-uns parmi les disciples qui ont mis le désarroi dans les esprits par leurs propos déconcertants et qui n'avaient aucun mandat de notre part". A Antioche, il ne pouvait être question que de nos deux personnages: Paul et Barnabé! C'est bien eux qui avaient été rejoindre les disciples pour les instruire! Avaient-il un mandat des apôtres pour cela ? Comme l'a déjà fait remarquer Voltaire dans son "Dictionnaire Philosophique", l'arrestation de Paul à Jérusalem n'est que la conséquence d'une attitude fourbe et malhonnête pour tenter "d'abolir la rumeur sur son compte", car Paul est accusé d'apostasie: Il prêche la rupture d'avec Moïse et pas seulement au sujet de la circoncision (Actes XXI 17-26); il élabore la doctrine du salut par la foi seule et rejette la Loi de Moïse ( Ephésiens II 8). En fait, c'est en lisant attentivement les déclarations qu'il fait à chaque fois pour se défendre et surtout les épîtres qu'il a écrites aux différentes communautés chrétiennes que l'on peut démasquer cet antéchrist en ces temps apostoliques: autrement, pourquoi, dans ses épîtres, Paul éprouve-t-il sans cesse le besoin de se justifier, de jurer qu'il dit la vérité , qu'il ne ment pas et qu'il est bien apôtre? Citons: II Corinthiens XI 31, Romains IX 1, I Théss II 3-5. Faut-il citer encore tous les passages, toutes les phrases qui confirment ce que nous avançons ? Ce serait un long texte insipide qui en résulterait. La clef des passages obscurs et difficiles à comprendre est là ; il appartient à chacun d'en juger. Or, c'est surtout l'impression que laissent ses épîtres qui, malgré certains passages dissonants, car d'une réelle valeur spirituelle, nous ont amené à cette conclusion incroyable et inattendue: Paul, Barnabé et quelque autres qui les suivirent sont les "antéchrist", les faux prophètes, les faux docteurs de la Bible. L'insistance de Paul pour que chacun donne généreusement à la collecte, la confusion savamment entretenue au sujet de l'observance de la Loi (les dix commandements ou les règles et obligations religieuses?), sa haine des Juifs (I Thes II 16), des sages (philosophes), de la science (des savants) et de tous ses adversaires qu'il envoie à Satan, voilà qui nous fait penser que c'est par cupidité qu'il agit, créant sournoisement la secte appelée "la synagogue de Satan" dans la lettre adressée par Jean aux sept églises (Apocalypse II 9 et III 9). Qui sont "ceux qui se disent apôtres sans l'être et qui ont été trouvés menteurs"? (Apo II 2) Dans sa première épître au Corinthiens IX 1-3, Paul admet que "pour d'autres il n'est pas apôtre". Il prétend en imposer aux éminents apôtres et les dénigre ( II Corinthiens XI 4-5). Voilà ce qui se dégage d'une lecture attentive des Actes et des épîtres du Nouveau Testament, appellation qui nous vient de l'épître aux Hébreux où il est écrit: "Le Christ est médiateur du nouveau testament, et ainsi, sa mort étant intervenue pour le rachat des fautes commises sous l'ancien, les élus reçoivent l'héritage éternel qui leur a été promis" ..."et s'il doit apparaître une seconde fois, ce sera, non plus en raison du péché, mais pour apporter le salut à ceux qui l'attendent"(épître aux Hébreux IX 15-28). Paul n'en est pas l'auteur, car il avait renoncé à s'adresser aux Juifs, ces "chiens", "ennemis de tous les hommes" ( Iier épître de Paul aux Thessaloniciens II, 15)... Paul veut recevoir son salaire comme un prêtre et pour que les fidèles donnent généreusement à la collecte, il invente une parole qu' il attribue à Jésus: "Il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir". Mais sa mauvaise conscience lui fait dire: "Nuit et jour, avec peine, nous avons travaillé pour n'être à charge de personne d'entre vous." Pourtant, il recommande "que celui qu'on instruit de la Parole donne de tous ses biens à qui l'en instruit". Alors que Jésus disait à ses disciples: "De même que vous avez reçu gratis, donnez gratuitement." Si j'ai cessé d'inscrire les références bibliques, c'est pour que le lecteur intrigué se mette à lire lui-même les épîtres d'un bout à l'autre, et pas seulement les épîtres de Paul, parce qu'il s'apercevra par lui-même des méthodes de Paul, les mêmes qu'on reproche aujourd'hui aux sectes: endoctrinement à outrance, soumission, mensonge, escroquerie... "Quelle source de profit que la piété ne serait-ce que pour la nourriture et le vêtement", écrit-il à Timothée. Il y aurait encore beaucoup à dire en relevant toutes les contradictions, les prophéties jamais accomplies, les fausses promesses, les exhortations au martyr, les menaces de châtiment suprême, les falsifications pour faire accorder la nouvelle religion avec les écritures juives, - j'en passe et des meilleures ! L'adhésion à la "foi" chrétienne et la pratique religieuse a-t-elle apporté une ère de justice et de paix en Occident ? L'Histoire en répond. L'enrichissement de l'église romaine, son alliance avec le pouvoir depuis Constantin le Grand (depuis Clovis en France), la terrible Inquisition, l'intolérance et l'obscurantisme moyennâgeux, qui ne cessèrent qu'avec la Révolution inspirée par les philosophes des Lumières (l'esprit critique s'exerce d'abord contre la religion et les dogmes), et toute la frénésie religieuse (trafic des reliques et des fausses reliques, culte des saints, hystérie religieuse, croisades...) la simonie (trafic des indulgences papales), la corruption, la débauche, le népotisme (pour l'avoir dénoncé, Savonarole fut brûlé vif sur un bûcher) : nous avons là tous les éléments caractérisant la Grande Prostituée de Babylone (cf. Apocalypse Ch. XVII et XVIII). Nombreux furent ceux qui la considérèrent comme telle: les troubadours et les Cathares (qui ne se référaient qu'à l'évangile de Jean), les Templiers du cercle intérieur (Manuscrit de Hambourg), les Vaudois, les premiers Protestants (Jean Hus fut brûlé vif aussi pour cela) et Savonarole. Le dogmatisme n'a servi qu'à figer et à imposer une doctrine contestée et contestable; la dévotion à Marie, mère de Dieu a servi à supplanter les anciens cultes de la Déesse-Mère, de la Reine du Ciel ou de la Vierge-Mère (Isis, Cybèle, Arthémis, Phrygie); on avait besoin de miracles, d'apparitions, de lieux de pèlerinages et on en trouva car on y cru. Faut-il parler des armes secrètes de la papauté, de ses bataillons fidèles et secrets que furent les Jésuites (terme péjoratif des membres de la Société de Jésus), qui furent bannis et chassés d'Europe après toutes sortes de crimes politiques et de scandales ? Mais, actuellement, l' Opus Dei n'a-t-il pas repris la relève pour la défense de la papauté ?

Et qu'en dit Nietzsche ?

"Le christianisme, un naïf effort vers un mouvement de paix bouddhique, jaillissant du foyer du ressentiment des opprimés, des pauvres, mais retourné par saint Paul qui en fit une doctrine du mystère païen, propre à s'accorder enfin avec toute l'organisation de l' Etat, à faire la guerre, à condamner, à martyriser, à conjurer, à haïr. Il a annulé le christianisme primitif, déplaçant partout le centre de gravité. L'attentat (affrontement) contre les prêtres (pharisiens et publicains) et la théologie a abouti, grâce à saint Paul, à un nouveau sacerdoce, à une nouvelle théologie, à une caste régnante, à une Eglise. Ceci est l'humour de la chose, un humour tragique : saint Paul a rétabli, en lui prêtant des proportions énormes, ce que le Christ avait justement annulé par sa vie. Enfin, lorsque l'édifice de l'Eglise fut terminé, elle sanctionna même l'existence de l'Etat (en sacrant rois et empereurs, en possédant les Etats pontificaux)... Le christianisme est devenu quelque-chose de foncièrement différent de ce que fit et voulut son initiateur (Jésus-Christ). La vie du chrétien finit par être le genre de vie dont le Christ enseignait qu' il fallait se séparer... l'Eglise appartient au triomphe de l'Antéchrist, tout aussi bien que l'Etat moderne, que le nationalisme moderne." ( Volonté de Puissance )
"Le monde entier croit encore au talent d'auteur du "Saint-Esprit", ou subit encore les contrecoups de cette croyance : si l'on ouvre la Bible c'est pour s'édifier, pour trouver à sa propre misère, grande ou petite, un mot de consolation, - bref, on y cherche et on s'y trouve soi-même. Qu'elle rapporte aussi l'histoire d'une âme des plus ambitieuses et des plus importunes, d'un esprit aussi plein de superstition et de ruse, l'histoire de l'apôtre Paul, qui sait cela en dehors de quelques savants ? Pourtant, sans cette histoire singulière (Livre des Actes des Apôtres), sans les troubles et les orages d'un tel esprit, d'une telle âme (épîtres de Paul), il n'y aurait pas de monde chrétien. A peine aurions-nous entendu parler d'une petite secte juive dont le maître mourût en croix. Il est vrai que, si l'on avait lu, réellement lu, les écrits de saint Paul, non pas comme on lit les révélations du Saint-Esprit, mais avec la droiture d'un esprit libre et primesautier, sans songer à sa détresse personnelle, il y a longtemps que c'en serait fini du christianisme : tant il est vrai que ces pages de saint Paul mettent à nu les origines du christianisme..." (Aurore de F. Nietzsche)
"Pendant quinze cents ans, il n'y eut pas de pareils lecteurs", hormis Voltaire qui concluait : "Ecrasez l'infâme !" En bon philologue, Nietzsche n'a pas manqué de le signaler, et il développe ses arguments en faisant le portrait psychologique de saint Paul. Enfin, il pose le problème philosophique de la vérité. Il va même très loin en remettant en cause la morale chrétienne. Si les mensonges servent à faire éclater la "véracité" de Dieu, où va-t-on ? (cf épître de Paul aux Romains III 7) Et si les dogmes chrétiens sont bâtis sur les mensonges de Paul, il ne faut pas s'étonner que les manuscrits de la Mer Morte causent de telles polémiques et que leur publication par les bons soins des dominicains de l'école biblique de Jérusalem tarde tant - une affaire qui dure depuis plus de 40 ans! Alors, on comprend la virulence de Nietzsche contre le christianisme, nouveau pharisianisme falsificateur de la vérité, pendant longtemps dressé contre la science, la philosophie, "le monde"! Son ouvrage L'Antéchrist est un essai critique qui s'attaque surtout au paulinisme de la religion chrétienne. Il reprend les termes utilisés par Jésus dans Ainsi parlait Zarathoustra: "sépulcres blanchis". Son mépris des chrétiens est du même ordre que celui de Jésus à l'égard des pharisiens: "race de vipères", "fils du mensonge", les invectivait-il. Mais, comme Jésus, Nietzsche fut mal compris de ses contemporains et fut trahi... par sa soeur qui essaya de mettre son oeuvre au service du national-socialisme (Nietzsche y est pourtant opposé dans ses écrits, c'est pourtant clair). "Dernier trait de la fatalité de Nietzsche: la parente abusive qui figure dans le cortège du "penseur maudit", souligne Gilles Deleuze (PUF, coll. Philosophes). En fait, tous deux sont des perturbateurs, des révoltés qui ont été mis au piloris par la caste régnante! A plusieurs reprises, l'Eglise a tenté de se réformer, mais en vain. Aujourd'hui, l'Eglise des chrétiens se cherche. Toutes les Eglises chrétiennes, d'ailleurs.

L'agonie du christianisme

Comme le dit l'orientaliste Alain Danielou, "Si Jésus est venu apporter un message d'amour, c'est saint Paul qui a perverti son message". Quant à la Bible chrétienne, qui a été remaniée pour s'accorder aux écritures juives, qui est lue et étudiée, méditée, même, encore, par un certain nombre de prêtres, de moines et de chrétiens, elle ne nous inspire plus; elle pose plus de questions qu'elle n'en résout. Nous la mettons de côté. Nous pouvons l'oublier. Le monde a déjà changé. Un nouveau monde est né, une nouvelle ère pour l'humanité a commencé; il ne lui manque qu'un nouvel évangile: un évangile pour l'avenir, pour que l'avenir de l'humanité ne soit plus menacé. Cet évangile de l'avenir a-t-il déjà été écrit il y a un siècle par un philosophe du nom de Nietzsche ? Ou bien par un iranien du nom de Baha'u'llah ? Les prophètes des temps modernes ne manquent pas! L'avenir est-il le surhumain ? Ne faut-il pas à nouveau trouver de nouvelles valeurs ("peser à nouveau le poids de toute chose")? Ne faut-il pas prendre en main notre destin ? Si les humains ne sont plus maîtres d'eux-mêmes, comment pourraient-ils être maîtres de leur avenir, penser aux générations futures ? Quelles conditions de vie pouvons-nous garantir à notre descendance ? Qu'est-ce que notre salut individuel si l'horizon vital de l'humanité est bouché ? En réalité, les questions ne manquent pas. Devrons-nous revenir sur Terre et subir la pollution ou le désastre que nous aurons nous-mêmes engendré, comme le suggère le livre de la Sagesse ? Devrons-nous nous réincarner pour apprendre à vivre, pour évoluer et tendre vers la perfection ? Pourra-t-on un jour instaurer un royaume de justice et de paix pour le genre humain ? Ce rêve de justice et de paix est-il pure utopie ? Que savons-nous ? Qu'y a-t-il au delà de la mort ? Reviens, Jésus, pour nous le dire... Oh, c'est la folie qui me guette, j'en suis sûr! Il faut avoir le courage d'affirmer ce que l'on sait véritablement et non ce que l'on croit savoir. Cela ferait avancer les choses ! Comme l'a écrit Nietzsche: "Le Chrétien agit comme tout le monde et possède un christianisme de cérémonies et d'états d'âmes." "L'ironie de la civilisation européenne, c'est que l'on tient telle chose pour vraie et que l'on fait telle autre".
Les pasteurs de la chrétienté ont été les premiers à ne pas appliquer ce que Jésus avait prescrit: ils jugèrent, condamnèrent, torturèrent, confisquèrent des biens et firent périr dans les flammes leurs adversaires contestataires ou dissidents qu'ils nommaient hérétiques. Ils suscitèrent des massacres par des croisades, des guerres de religion. On reconnaît ici l'influence de Paul, lui qui ne répugnait pas à châtier ses fidèles désobéissants et à envoyer autrui à Satan pour le salut de son âme. ( I Cor. V 5 ) et ( I Tim I 20 )
En réalité, la religion chrétienne enseigne la soumission, culpabilise, engendre la résignation et le fatalisme. Elle se fait naturellement l'alliée du pouvoir politique et surtout des dictatures. "Comme si cela ne dépendait pas de nous que tout aille bien" ! s'exclame Nietzsche. La volonté de Dieu n'est pas d'intervenir dans notre vie terrestre. On permet encore à l'Eglise de s'immiscer dans tous les événements essentiels de la vie individuelle pour leur donner sa consécration : naissance, mariage, décès. Et l'Italie où c'est la religion chrétienne qui est toujours religion d'Etat, est-ce un modèle ? Non, bien au contraire...
Combien de personnes croient encore aux dogmes chrétiens, à supposer que les baptisés les connaissent ? Un Dieu unique se serait mis en trois personnes pour faire, en esprit, un enfant à une mortelle dénommée Marie, qui, n'ayant pas eu de rapports sexuels avec son mari, est, de fait, exempte du péché originel, l"immaculée conception". Le péché de la chair est-il le péché originel ? Ce Dieu, que personne ne connaît mais que les chrétiens vénèrent comme étant juste et bon, aurait abandonné son Fils unique au gibet de la croix pour lui faire expier les péchés de son peuple, élu parmi tous les peuples de la Terre, infidèle et indigne de surcroît, le peuple juif (cf épître de Paul aux Hébreux). Mais Dieu accordait sa grâce aux chrétiens, à condition d'y croire et de se conformer à la morale et aux prescriptions de l'Eglise ! Peut-être que les apôtres s'interrogèrent sur le sens de la pitoyable crucifixion de leur Maître, lui ce Nazaréen qui était à leurs yeux sans péchés et peut-être que l'holocauste perpétuel, le sacrifice de l'agneau qui chasse les péchés du monde revint à leur esprit. N'est-ce pas une croyance magique de ce peuple nomade qui sacrifiait un animal pour expulser le mal et avoir la faveur de Dieu ? (Exode XXIX, 38 et Nombres VI, 16). Jésus n'était-il pas l'adversaire déclaré des pharisiens, des sadducéens et des hérodiens ? (Jean VIII 44) Ceux-ci, en particulier le grand prêtre Caïphe, ne pouvaient plus supporter son arrogance, son influence croissante sur le peuple et c'est Caïphe qui "prophétisa que Jésus devait mourir pour la nation", selon l'Evangile de Jean (Jean XI, 47-52 et XVIII, 14). Et Jésus s'y attendait ! (Jean VIII, 40) On sait que les Juifs, les pharisiens particulièrement, croyaient à la résurrection, à cette époque, et, lorsque le tombeau fut retrouvé vide, il n'y eu pas de doute dans l'esprit des apôtres qui n'avaient pu sauver leur Maître de l'infâme mort sur la croix. Il est ressuscité ! Ce Fils unique de Dieu (il y eut beaucoup de fils de Dieu dans l'Antiquité : les Pharaons, par exemple) aurait réapparu après cela à des femmes qui ne le reconnaissant pas le prirent pour le jardinier du cimetière, puis à des pèlerins qui se dirent après coup l'avoir peut-être rencontré sans l'avoir reconnu. Enfin, il serait apparu à ses disciples puis disparu mystérieusement dans leur lieu de réunion, toutes portes fermées... Et pour celui qui marcha sur les eaux, qui multipliait les pains à volonté, qui changea l'eau en vin et qui ressuscita des morts, on inventa une fin digne d'une telle destinée: il disparut dans les airs, et cela est tellement surnaturel, qu'on le fête encore de nos jours: c'est l'Ascension. Avec Paul, l'homme Jésus devint "l'égal de Dieu" et par conséquent, on imagina le "mystère de l'incarnation" de Dieu - alors que cela est en contradiction avec les paroles de Jésus lui-même : "le Père est plus grand que moi" (Jean XIV, 28).

CONCLUSION

Plus ce qu'on raconte vient de loin, dans l'espace et le temps, plus les gens sont portés à y croire, remarquait Tacite. Les Juifs n'avaient-ils pas l'habitude de mêler Dieu à leurs affaires, avec un brin de superstition ? Sait-on qui a écrit ces évangiles ? N'est-ce pas des contes orientaux destinés à transmettre un sentiment religieux ? Aujourd'hui, on considère que tout cela n'a pas grand chose d'historique. C'est affaire de foi. Certains penseront que je me sers abusivement de citations pour accréditer ma thèse. Néanmoins, ils ne pourront pas me convaincre du contraire avec seulement quelques citations sorties du contexte.

Notes

1. Edition du Seuil, 1963 (retour au texte)
2. Enquête sur le détournement des manuscrits de la Mer Morte, Plon 1992 (retour au texte)
3. La Vérité sur l'Apocalypse, Henri STIERLIN , Buchet-Chastel (retour au texte)