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Controverse sur les manuscrits de la Mer Morte

Le Vatican occulte-t-il les fameux manuscrits ?(note1)

Baigent et Leigh citent le sort de John Allegro : il publia les textes qui lui avaient été assignés, et ses travaux furent sauvagement revus par Strugnell, qui consacra plus de cent pages à en corriger les "erreurs". Mais ceci ne put se produire que parce que la compréhension du texte présentée par Allegro était stupéfiante, et que ses interprétations étaient contraires à celles de l'équipe. Nul doute que Strugnell ait éprouvé une certaine jubilation à corriger les "erreurs" d'Allegro et, à ma connaissance, plusieurs personnes ont pris la défense des travaux d'Allegro, mais c'était trop tard. De plus, une émission télévisée à la BBC parlant des travaux d'Allegro fut sans cesse reportée et ne fut diffusée qu'en été à une heure de faible audience. Enfin, comme le reconnaissent Baigent et Leigh, Allegro, déçu par le monde scientifique, courut à sa propre perte en publiant un livre intitulé The Sacred Mushroom and the Cross. Ce livre fit scandale [2]; il niait l'authenticité de l'existence historique de Jésus, qui ne serait qu'une simple image surgie dans le psychisme sous l'influence d'une drogue hallucinogène, la psilocybine, ingrédient actif de champignons hallucinogènes. Quatorze éminents savants britanniques condamnèrent le livre dans une lettre au London Times. L'éditeur présenta ses excuses pour l'avoir publié. Si les idées d'Allegro n'eurent pas gain de cause, il ne subit cependant aucune intimidation et ne fut point réduit au silence.

Un nouveau regard sur la Bible et le christianisme primitif

Le Maitre du Justice a des similitudes avec Jésus. Nombre d'autres chercheurs se sont écartés des thèses de l'équipe régnante. Barbara Thiering, de l'université de Sydney, en Australie, soutient que le Maître de Justice, figure dominante des textes de Qoumrân, est Jean-Baptiste et que Jésus est le Prêtre Impie. Pour J. L. Teicher, de l'université de Cambridge, Paul est le Prêtre Impie. Otto Betz, de l'université de Tübingen, suggère que Jean-Baptiste vécut à Qumrân. Norman Golb, de l'université de Chicago, soutient que la bibliothèque de Qumrân provenait en réalité de Jérusalem et représente les concepts du judaïsme prédominant. Selon Lawrence Schiffman, de l'université de New York, les doctrines fondamentales de la secte de Qumrân ne sont pas de caractère essénien, elles sont sadducéennes. Jose O'Callaghan affirme que des fragments de l'évangile de Marc, ainsi que des Actes des Apôtres et de l'Épître aux Romains de Paul, ont été retrouvés parmi les textes d'une des grottes de Qumrân. Quelle est donc cette voix indépendante qui défie l'autorité des représentants du Vatican en avançant que des documents de cette époque du christianisme ont été découverts à Qumrân ? Celle d'un Jésuite espagnol ! Des catholiques - tels North, Fitzmyer et O'Callaghan - s'opposent aux évidences, en particulier le lien entre les documents de Qumrân et le Nouveau Testament. Pour comble d'avanie, O'Callaghan publie ses idées dans des revues catholiques comme Biblica et Civita cattolica.
Personne ne peut refuser la parole à tous ces chercheurs dissidents. Ils se voient peut-être refuser une tribune à des assemblées privées contrôlées par l'équipe éditoriale. Mais leurs idées sont largement diffusées dans des publications parallèles.
En effet, Baigent et Leigh adoptent eux-mêmes les idées d'un chercheur indépendant, Robert Eisenman, qui s'oppose énergiquement à celles de l'équipe éditoriale. D'après ce dernier- ainsi que Baigent et Leigh -, le chef de Qumrân surnommé le Maître de Justice est en réalité Jacques le Juste, mentionné dans le Nouveau Testament comme le frère de Jésus. Pour Eisenman, Jacques était le chef des Zélotes, secte juive militante qui joua un rôle majeur dans la Première Grande Révolte Juive contre Rome (66-70 apr. J.-C.), tragiquement terminée par l'incendie de Jérusalem et la destruction du Temple. Les adeptes de la communauté de Qumrân étaient des Zélotes et non des Esséniens, soutient Eisenman. En tant que Zélotes, ils étaient les héritiers d'une longue lignée de juifs sadocides - fondée par Esdras, perpétuée par Judas Maccabée, Jean-Baptiste, Jésus et finalement Jacques, frère de Jésus. Dans ce scénario, Paul était l'ennemi juré de Jacques. C'est Paul qui fit de Jésus un Homme-Dieu. Paul est " le Menteur" des textes de Qumrân, l'adversaire du Maître de Justice. Paul, toujours d'après Eisenman, vécut trois ans à Qumrân. Le second adversaire du Maître de Justice, le Prêtre Impie, est - selon cette thèse - Ananie, le grand-prêtre de Jérusalem. Ananie s'arrangea pour faire mettre à mort Jacques, événement relaté dans le Nouveau Testament où, toujours d'après Eisenman, le nom d'Étienne a été substitué à celui de Jacques. C'est alors, dit Eisenman, que la Judée se révolta. Ce fut le commencement de la Première Grande Révolte juive contre Rome. Les Romains envoyèrent un corps expéditionnaire sous le commandement de Titus et Jérusalem fut détruite. Paul l'emporta en créant sa secte chrétienne en terre païenne. L'histoire de Jacques, véritable chef de la communauté des Juifs évangélisés, fut étouffée, jusqu'à ce que l'interprétation des manuscrits de la mer Morte par Eisenman la ressuscite. A vrai dire, les recherches d'Eisenman ont révélé la simpicité fondamentale de ce qui semblait auparavant une situation d'une rebutante complexité (sans omettre sa suggestion qu'en fait, Paul était peut-être un agent secret de Rome). Comme le déclarent Baigent et Leigh vers la fin de leur livre de deux cent soixante-six pages consacré en grande partie aux idées d'Eisenman : "Il serait impossible, dans le cadre de notre propre ouvrage, de rendre adéquatement justice au poids de preuves réunies par Eisenman". Baigent et Leigh déclarent qu'une "phalange croissante de partisans se rassemble autour de Robert Eisenman, et que des savants influents et éminents sont de plus en plus nombreux à adopter sa cause". A ma connaissance, un seul savant a exprimé par écrit son accord avec le scénario d'Eisenman. Mais que ses idées l'emportent ou non, là n'est pas la question. L'important, c'est qu'elles soient libres de se frayer un chemin sur l'agora des idées. Elles ont été présentées à ses collègues du monde érudit et au public. Le premier livre dans lequel il expose ses arguments (Maccabees, Zadokites, Christians and Qumran) a été publié par les prestigieuses éditions scientifiques E. J. Brill de Leyde en 1983. Son deuxième ouvrage (James the Just in the Hahakkuk Pesher) a été publié en 1985 par - attention, êtes-vous assis ? comme disait mon grand-père - par l'une des propres éditions du Vatican, Tipographia Gregoriana ! (Il fut plus tard révisé et édité par Brill.) A l'instar des pères North, Fitzmyer et O'Callaghan, les éditions vaticanes n'ont apparemment pas reçu le mot d'ordre sur ce qui était doctrine casher ou ne l'était pas. Sinon, pourquoi des éditions vaticanes auraient-elles publié Eisenman ? Bref, de nos jours, il est difficile d'étouffer les idées.
En outre, l'équipe a certainement choisi un curieux principe pour faire valoir la pureté doctrinale : une datation des rouleaux à une époque très ancienne. L'équipe fait remonter les rouleaux à une période située environ entre 250 av. J.-C. et 68 apr. J.-C., année où, selon l'interprétation des témoignages archéologiques donnée par de Vaux, les troupes romaines détruisirent la localité de Qumrân. Cette datation lointaine, d'après l'accusation portée contre les éditeurs de l'équipe, dissocierait les manuscrits et le christianisme. Vraiment ? Elle coïncide pourtant avec la vie de Jésus sur terre. Si, par exemple, une naissance d'une vierge-mère se trouvait attestée dans un texte de Qumrân datant du Ier ou du IIe siècle av. J.-C. au lieu du Ier s. ou IIe siècle apr. J.-C., cette différence aurait-elle une grande importance en ce qui concerne son potentiel destructeur pour la doctrine chrétienne ? Ces réflexions nous mènent à une autre perle de l'argumentation de Baigent et Leigh. Ils présument que quelque chose, dans ces mystérieux manuscrits anciens, pourrait gravement saper la doctrine ou la foi chrétiennes. Quoi donc ? Il est facile de l'imaginer.
Supposons qu'un texte rapporte une naissance d'une vierge qui aurait enfanté. Et alors ? Nous savons déjà que des récits de naissance d'une vierge-mère circulaient à cette époque. La Parthénos de la mythologie grecque, par exemple, comme l'Arthémis des Ephésiens était une déesse mère, et le christianisme s'est inspiré de toutes sortes de mythe répandus dans tout l'empire romain. Pourtant, la foi juive ou la foi chrétienne n'ont pas plus été sapées par les affirmations d'archéologues annonçant qu'aucune ville de Jéricho n'existait à l'époque où Josué est censé en avoir fait sept fois le tour avec son armée avant que ses murs ne s'effondrent.
Allegro écrivit un jour à Strugnell : "Le temps que j'achève [mes travaux], il ne vous restera plus aucune Église à laquelle adhérer." De toute évidence, Allegro sous-estimait les ressorts secrets de l'Église pour subjuguer les foules. Baigent et Leigh suggèrent que les rouleaux pourraient contenir "quelque chose de compromettant, quelque chose de menaçant pour les traditions établies, peut-être même qu'ils les réfute ". Ils dépeignent de Vaux et ses collègues comme [des hommes] craignant qu'une révélation dans les rouleaux " ne soit susceptible de démolir l'édifice tout entier de l'enseignement et de la foi du christianisme ". Ceci parce que, selon les deux auteurs, "on a cru jusqu'à présent que les enseignements de Jésus étaient uniques". Eh bien, non.
L'érudition moderne a mis en lumière les correspondances existant entre l'enseignement de Jésus et d'autres mouvements sociaux et idéologiques de cette époque. Ansi, sa symbiose particulière avec les idées esseniennes était réelle. Tous les savants s'accordent pour dire que les documents de Qumrân sont d'une extrême importance pour notre intelligence du christianisme primitif. Ces textes ont apporté une nouvelle dimension à notre compréhension de ses origines : des dizaines de livres et des centaines d'articles ont été écrits sur le lien possible entre les textes de Qumrân et le Nouveau Testament. L'une des conclusions majeures de cette vaste recherche est que la doctrine primitive du christianisme et ses systèmes de croyance n'étaient pas d'une source unique. Au chapitre 14, de quelques décennies consacrées à étudier l'incidence des textes de Qumran sur notre compréhention du christianisme primitif, James VanderKam tire deux conclusions principales :
1) L'Eglise primitive, dans une bien plus large mesure qu'on ne le supposait auparavant, a poussé dans la glèbe juive, en particulier, chez les Esseniens.
2) Parmi les croyances et pratiques de l'Eglise primitive, un grand nombre étaient exclusivement esseniennes.
Aucune résonance générale dans les milieux catholiques, rien n'a filtré de ces conclusions ou à la publication de telles preuves! Et pourtant, seraient-ce là les conclusions destructrices que la conspiration du Vatican est censée empêcher de se dégager - ou du moins de parvenir au grand jour ?
Baigent et Leigh citent un passage d'un texte de Qumrân encore inédit mentionnant un personnage qui sera appelé "Fils du Très-Haut" et "Fils de Dieu", des noms que l'on retrouve, attribués à Jésus, aux versets 1,32-35 de Luc. C'est une "découverte extraordinaire", disent-ils. Mais les Religieux contrôlent les informations et récupèrent tout à leur profit.
Paru récemment, un article révèle qu'un texte de Qumrân contenait des béatitudes préfigurant à bien des égards les béatitudes du Sermon sur la montagne. L'auteur? Le père Émile Puech, un Jésuite de l'École biblique chargé de la traduction des manuscrits.
Baigent et Leigh accusent l'équipe d'éditeurs de "dissimuler laborieusement" les liens qui existent entre des textes de Qumrân et des événements du Nouveau Testament. Or, on sait bien que les implications des textes de Qumrân pour les études néotestamentaires ont fait l'objet de vastes débats aboutissant à ce résultat : certains concepts et certaines doctrines auparavant considérés comme exclusivement chrétiens ne sont plus aujourd'hui compris comme tels.
Toutefois, une énigme demeure : pourquoi les chercheurs qui détiennent le contrôle des textes ont-ils insisté pour en tenir secrets un si grand nombre ? La réponse que Baigent et Leigh voudraient nous faire deviner est évidente. L'explication est, fort prosaïque: c'est pour un mobile secret qui anime toute la Curie Romaine: protéger le pouvoir religieux. Ils étaient les membres soumis et obéissants de ce qu'on appelle l'Eglise. Ils avaient autorité sur l'ensemble d'une discipline. C'étaient eux les spécialistes. C'étaient leurs noms que l'histoire transmettrait à la postérité comme ceux des auteurs des éditions princeps. C'étaient eux qui pouvaient conquérir des étudiants en doctorat en leur faisant miroiter un manuscrit de la mer Morte inédit à publier pour leur thèse. Plus récemment, un autre facteur a joué : la pure opiniâtreté. Les éditeurs des manuscrits ne répondent à personne. Ils ne connaissent d'autres lois que les leurs. Ils s'offusquent des pressions que leur ont fait subir des étrangers - en outre, non simplement des savants extérieurs, mais des amateurs aux connaissances sommaires, tels le directeur de publication de la Biblical Archaeology Review et des hommes de la grande presse. Réaction de ces éditeurs : ils se braquent. Et disent qu'on ne leur marchera pas sur les pieds. Voilà les motifs qui se cachent derrière le refus d'accorder le libre accès aux rouleaux non publiés, en plus d'une conspiration ourdie par le Vatican, et l'attitude auprès des Israéliens le montre bien. Tout en ayant dernièrement affirmé leur autorité sur les rouleaux, ils acquiescent au monopole exercé par les éditeurs de l'équipe - à condition toutefois que cette dernière soit élargie, ce qui fut fait, afin d'inclure des Israéliens. Assurément, les Israéliens peuvent faire partie d'une conspiration dirigée par le Vatican car d'éminents savants israéliens participent au consensus officiel. Baigent et Leigh expliquent comment l'idée de se joindre à une conspiration dont le but est de sauvegarder la pureté de la doctrine chrétienne a pu séduire les Israéliens.
25 décembre 2001 : "UN TRÈS GRAND MOMENT" (Le Monde).
"Après 54 ans d'attente, les manuscrits de la mer Morte sont enfin édités ! Les éditions Oxford University Press viennent d'annoncer aux Etats-Unis la publication des derniers volumes des manuscrits de la mer Morte. Découverts en 1947, mais écrits entre 250 avant J.-C. et 68 après, ces textes sont, malgré les demandes répétées des spécialistes de la Bible, restés longtemps monopolisés par une minorité de chercheurs. Aujourd'hui publiés, ils éclairent le judaïsme et le christianisme d'un jour nouveau.
"L'ensemble des trente-neuf volumes, présentés sous le titre général de Discoveries in the Judaean Desert, sera complet en janvier 2002, avec la sortie du dernier volume comprenant l'Editoduction et un index. (Le Monde)
"Cette annonce, faite par le père Emmanuel Tov, professeur à l'Université hébraïque de Jérusalem et responsable de la publication, peut paraître anodine. Pourtant, elle clôt une longue saga archéologique entamée en 1955 avec la publication du premier volume de ces manuscrits écrits pour l'essentiel en hébreu entre 250 avant J.-C. et 68 après J.-C. Les péripéties et les lenteurs qui ont émaillé ces travaux de lecture et de transcription pendant quarante-six ans ont été qualifiées par Geza Vermès, professeur à l'université d'Oxford, de "scandale académique par excellence du XXe siècle". .[3]
"Pour les philologues et les historiens qui travaillent sur ces manuscrits, c'est l'achèvement d'une très grande entreprise et un très grand moment. Avec cette collection maintenant disponible, le temps des synthèses est enfin arrivé", souligne Francis Schmidt, directeur d'études à l'Ecole pratique des hautes études et spécialiste de l'histoire du judaïsme à l'époque hellénistique et romaine.
"Nous entrons désormais dans une période nouvelle d'exploitation et de comparaison des documents, qui demandera sans doute plusieurs décennies de travail", précise en connaisseur Marc Philonenko, membre de l'Institut et doyen honoraire de la faculté de théologie protestante de Strasbourg (4).

NOTES (1) L'évenement récent range ces extraits (chapitre 22) du livre L'AVENTURE DES MANUSCRITS DE LA MER MORTE (publié en 1996 sous la direction de Hershel Shanks) dans l'arrière-plan historique. Mais un livre récent est à signaler : Les Manuscrits de la mer Morte, par Michael Wise, Martin Abegg et Edward Cook, ouvrage traduit de l'anglais est publié chez Plon - 29 euros (190,22 francs). retour en haut

2. John Allegro "The Sacred Mushroom and the Cross" - 1971,(retour au texte)
Signalons aussi la thèse d'un exégète sur les Esséniens et leur histoire, dans le site : http://theologiedelepiscopat.chez-alice.fr/ Une thèse qui conclue : "Le Maître de Justice des Esséniens n'a pu être qu'Onias III"

3. "le scandale scientifique par exellence du XXe siècle", d'après les termes du professeur Gesa Vermes, qui publia en 1977 The Dead Sea Scolls : Qumran in Perspective, se justifie car, trente ans après leur découverte, la publication stagnait lamentablement. C'était impossible pour des chercheurs indépendants, d'obtenir la moindre information ou document pour étayer leurs propres prospections... retour au texte

4. M. Philonenko avait en effet publié chez Gallimard (La Pléiade), en collaboration avec André Dupont-Sommer, la première traduction en français d'une partie des manuscrits de la mer Morte sous le titre : La Bible - écrits intertestamentaires, publiés à la Pléïade.

 

 
 
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